Visiter le cimetière Montparnasse sans guide : trouver les tombes

Dix-neuf hectares, une trentaine de divisions, trente-cinq mille concessions. Le cimetière du Montparnasse est plus compact que le Père-Lachaise, mais il se perd tout aussi facilement. Pourtant, visiter le cimetière Montparnasse sans guide se prépare en quelques minutes. Il suffit de comprendre comment le lieu est découpé, puis de savoir quoi regarder. L'application Altava Odyssey raconte ces tombes à l'oreille, pour ceux qui veulent le récit en plus du chemin.
Comment retrouver une tombe au cimetière Montparnasse sans guide ?
Tout se joue sur le numéro de division. Chaque sépulture appartient à un secteur numéroté, et c'est ce numéro, pas le nom du défunt, qui mène au but. Chercher « la tombe de Gainsbourg » ne donne rien. Chercher « division 1 » y conduit en cinq minutes.
Le cimetière du Montparnasse a une particularité : il est coupé en deux par la rue Émile-Richard. À l'ouest s'étend le grand cimetière, avec les divisions 1 à 21, numérotées en spirale depuis le rond-point central. À l'est, le petit cimetière regroupe les divisions 22 à 30. Détail que peu remarquent : il n'existe pas de 23e division.
Pour trouver une tombe au cimetière Montparnasse, un seul outil suffit. Le plan du cimetière Montparnasse est édité par la Ville de Paris, qui le propose aussi en téléchargement gratuit au format PDF. Il est aussi délivré gratuitement à l'entrée principale, au 3 boulevard Edgar-Quinet, siège de la conservation. Ce bureau tient le registre des inhumations : pour une tombe absente du plan, c'est le seul endroit qui répond.
La méthode tient en quatre temps. Noter les divisions des tombes visées. Les regrouper par côté de la rue Émile-Richard. Entrer par la porte la plus proche du premier groupe. Puis se repérer aux noms d'avenues inscrits sur le plan.
Un mot sur le terrain. Contrairement au Père-Lachaise et à sa colline, le cimetière s'étend sur une plaine presque plate, aux allées tracées au cordeau. Comptez une heure et demie pour une dizaine de tombes. Ceux qui veulent comparer avec la grande nécropole de l'Est trouveront la même méthode dans notre guide pour visiter le Père-Lachaise sans guide.

Pourquoi le cimetière s'appelle-t-il Montparnasse ?
Le nom vient d'une plaisanterie d'étudiants. Au XVIIe siècle, un amas de gravats issus des carrières voisines forme une butte près de l'actuel carrefour Vavin. Les étudiants du Quartier latin viennent y déclamer des vers, et baptisent la butte « mont Parnasse », du nom de la montagne grecque où résidaient les Muses.
La butte a disparu depuis longtemps, mais le nom est resté au quartier. Le terrain du futur cimetière appartient alors aux Frères de la Charité, qui y font bâtir un moulin à vent en 1661. Les étudiants y viennent manger la galette arrosée de vin de Bagneux. À la Révolution, le moulin devient même une guinguette, lointaine cousine des guinguettes à Paris que l'on fréquente encore au bord de l'eau.

Le cimetière naît d'un problème sanitaire. En 1780, le cimetière des Innocents, saturé, est fermé, et ses ossements finissent dans les catacombes de Paris. Il faut alors enterrer les morts hors de la ville. Le préfet Nicolas Frochot choisit ce terrain au sud, qui ouvre sous le nom de « cimetière du Sud ».
La première inhumation a lieu le 25 juillet 1824. Le moulin, privé de ses ailes, devient la maison du gardien. Agrandi en 1847, le cimetière est ensuite tranché par la rue Émile-Richard à la fin du XIXe siècle. Le quartier, lui, devient le cœur battant des artistes, et beaucoup finiront ici, à quelques rues de leurs ateliers.
Quelles tombes voir au cimetière Montparnasse ?
Douze sépultures, douze récits. Elles ne sont pas toutes spectaculaires, mais ce sont celles devant lesquelles on comprend quelque chose. Le cimetière abrite plus de trois cents personnalités : ce parcours n'en retient que l'essentiel.
La tombe de Serge Gainsbourg

La tombe de Gainsbourg est la plus visitée du cimetière. Elle se trouve en division 1, dans le grand cimetière. Le chanteur, né Lucien Ginsburg, meurt le 2 mars 1991, à soixante-deux ans. Il repose dans le caveau de ses parents, sous une dalle de granit presque banale.
Ce sont les offrandes qui la rendent unique. Les tickets de métro renvoient au « Poinçonneur des Lilas », son premier succès de 1958. Les choux rappellent « L'Homme à tête de chou », album de 1976. Les paquets de cigarettes, eux, n'ont besoin d'aucune explication.
La tombe est ainsi devenue un véritable collage à ciel ouvert, renouvelé chaque semaine. Jane Birkin, morte en juillet 2023, repose elle aussi dans le cimetière, en division 11.
La tombe de Charles Baudelaire

Baudelaire repose en division 6, et son tombeau est une cruelle ironie. Le poète meurt le 31 août 1867, à quarante-six ans, après des mois de paralysie. On l'enterre dans le caveau de sa mère et de son beau-père, le général Jacques Aupick.
Or Baudelaire détestait cet homme, épousé par sa mère en 1828. Sur la stèle, le nom du général et ses titres occupent le haut de la pierre. Le poète des « Fleurs du mal » n'apparaît qu'en dessous, comme un simple beau-fils.
En 1902, ses admirateurs corrigent l'affront avec un cénotaphe, c'est-à-dire un monument sans corps, entre les divisions 26 et 27. Le buste du poète y médite au-dessus d'une chauve-souris aux ailes déployées. Signé du sculpteur José de Charmoy, il est classé monument historique en juillet 2025. Le spleen en pierre !
La tombe de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir

Le couple repose en division 20, à quelques pas de l'entrée du boulevard Edgar-Quinet. Sartre meurt le 15 avril 1980, et près de cinquante mille personnes suivent son cortège dans les rues de Montparnasse. Beauvoir le rejoint presque six ans jour pour jour, le 14 avril 1986.
La dalle, très simple, porte leurs deux noms. Elle se couvre pourtant de baisers au rouge à lèvres, de tickets de métro et de petits mots. Le philosophe qui refusa le prix Nobel en 1964 reçoit ici des hommages bien plus modestes.
Ces deux-là ont fait de la rive gauche de Paris une idée autant qu'un lieu. Ils vivaient, écrivaient et débattaient dans les cafés de Saint-Germain, avant de finir côte à côte, à un quart d'heure de marche.
La tombe de Marguerite Duras

Duras repose en division 21, sous une dalle marquée de deux lettres seulement : « M D ». L'écrivaine meurt le 3 mars 1996, à quatre-vingt-un ans, dans son appartement de la rue Saint-Benoît.
Ce que peu de visiteurs savent, c'est que la tombe se reconnaît à ses pots de fleurs remplis de stylos. Les lecteurs y déposent crayons et feutres, en hommage à celle qui écrivait sans relâche. Prix Goncourt 1984 pour « L'Amant », elle reçoit ici l'hommage le plus juste qui soit.
Yann Andréa, son dernier compagnon, de trente-huit ans son cadet, est enterré dans la même division depuis 2014.
La tombe de Guy de Maupassant

Maupassant repose en division 26, dans le petit cimetière. L'écrivain meurt le 6 juillet 1893, à quarante-deux ans, dans la clinique du docteur Blanche, à Passy. Il y avait été interné après une tentative de suicide, dans la nuit du 1er au 2 janvier 1892.
La syphilis avait peu à peu ravagé son esprit. L'auteur du « Horla », ce récit d'une folie qui s'installe, finit par vivre ce qu'il avait écrit. En dix ans, il avait pourtant publié plus de trois cents contes et six romans.
Ironie de voisinage : le professeur Choron, cofondateur du journal satirique « Hara-Kiri », repose dans la même division depuis 2005.
La tombe de Samuel Beckett

Beckett est enterré en division 12, sous une dalle de granit gris d'une sobriété totale. Le dramaturge irlandais meurt le 22 décembre 1989, cinq mois après sa femme Suzanne, qui repose avec lui.
Prix Nobel de littérature en 1969, il avait choisi le français pour écrire. En janvier 1953, « En attendant Godot » est créé au théâtre de Babylone, boulevard Raspail. C'est le même boulevard qui longe aujourd'hui le cimetière.
Ni ange ni épitaphe. Pour l'auteur de pièces où l'on attend toujours, ce silence de pierre vaut toutes les inscriptions.
La tombe de Man Ray

Man Ray repose en division 7, sous une épitaphe en anglais : « Unconcerned, but not indifferent », c'est-à-dire « détaché, mais pas indifférent ». Le photographe, né Emmanuel Radnitzky à Philadelphie, meurt à Paris le 18 novembre 1976.
Arrivé à Montparnasse en juillet 1921, il invente les « rayographies », des images obtenues sans appareil, en posant des objets sur le papier sensible. Il fuit les nazis en 1940, puis revient à Paris en 1951 pour ne plus en repartir.
Sa femme Juliet, danseuse et modèle, le rejoint en 1991. Sur sa plaque, deux mots seulement : « Together again », ensemble à nouveau.
La tombe d'Alfred Dreyfus

Dreyfus repose en division 28, dans le petit cimetière. L'officier meurt le 12 juillet 1935, à soixante-quinze ans. La date n'est pas anodine : il avait été réhabilité le 12 juillet 1906, vingt-neuf ans plus tôt, jour pour jour.
Accusé à tort d'espionnage, il est dégradé le 5 janvier 1895 dans la cour de l'École militaire, puis envoyé au bagne de l'île du Diable. L'Affaire coupe la France en deux et fait entrer dans l'usage le mot « intellectuel ».
Sur la dalle, les visiteurs posent de petits cailloux. C'est une tradition juive : la pierre, contrairement aux fleurs, ne fane pas, et dit que le mort n'est pas oublié.
La tombe de Jacques Demy et Agnès Varda

Le couple de cinéastes repose en division 9, et leur tombe est la plus joyeuse du cimetière. Jacques Demy meurt le 27 octobre 1990, Agnès Varda le 29 mars 2019. Elle l'a rejoint vingt-neuf ans plus tard, sous la même stèle.
Les visiteurs y déposent des pommes de terre. Le clin d'œil renvoie aux « Glaneurs et la Glaneuse », le documentaire de Varda sorti en 2000, où elle filme les patates en forme de cœur rejetées par les calibreuses. À soixante-quinze ans, elle s'était même déguisée en pomme de terre à la Biennale de Venise.
Demy, lui, reste l'homme des « Parapluies de Cherbourg » et des « Demoiselles de Rochefort ». Deux univers, une même tombe en couleurs.
La tombe de Jean Seberg

Jean Seberg repose en division 13. En 1960, l'actrice américaine crève l'écran dans « À bout de souffle » de Godard, vendant le New York Herald Tribune sur les Champs-Élysées, les cheveux courts. Elle devient l'icône de la Nouvelle Vague.
Sa fin est bien plus sombre. Surveillée par le FBI pour son soutien aux Black Panthers, harcelée par des rumeurs orchestrées, elle est retrouvée sans vie dans sa voiture, en septembre 1979, à quarante ans.
Sa tombe, discrète, reçoit encore des fleurs de cinéphiles venus du monde entier.
La tombe d'Auguste Bartholdi

Bartholdi a dessiné sa propre tombe, en division 28, le long de l'avenue Thierry. Le sculpteur meurt le 4 octobre 1904, à soixante-dix ans. Au sommet se dresse un génie ailé en zinc, signé de sa main.
L'inscription résume sa gloire : « Auteur du lion de Belfort et de la statue de la Liberté éclairant le monde ». La géante de New York, inaugurée le 28 octobre 1886, avait fait de ce Colmarien le sculpteur le plus célèbre de son temps.
Un médaillon de bronze réalisé en 1905 par son élève Auguste Rubin montre les profils du sculpteur et de sa femme. Ceux qui veulent prolonger la piste trouveront les répliques de la statue de la Liberté à Paris, de l'île aux Cygnes au jardin du Luxembourg.
La tombe de Charles Garnier

L'architecte de l'Opéra repose en division 11, dans le grand cimetière. Né rue Mouffetard le 6 novembre 1825, il meurt le 3 août 1898, boulevard Saint-Germain. Une tradition tenace l'a pourtant longtemps fait naître à Saint-Calais, dans la Sarthe, où il passait ses vacances d'enfant.
On lui prête une réplique restée célèbre. À l'impératrice Eugénie, qui demandait de quel style relevait son Opéra, il aurait répondu : « Du Napoléon III, Majesté ! » Le bâtiment, inauguré le 5 janvier 1875, donne raison à l'insolence.
Des feuillets de bronze récemment ajoutés à la tombe racontent sa vie en français et en anglais. Pour mesurer l'ampleur de son œuvre, les secrets de l'architecture de l'Opéra Garnier restent le meilleur prolongement.
Que racontent les symboles gravés sur les tombes ?
À Montparnasse, les symboles parlent deux langues à la fois. Il y a celle, classique, de l'art funéraire du XIXe siècle. Et il y a celle, plus récente, des offrandes laissées par les visiteurs.
La première se lit sur les monuments anciens. Au rond-point central, près du moulin, le « Génie du sommeil éternel » d'Horace Daillion déploie ses ailes au-dessus des allées. Le génie funèbre est une figure héritée de l'Antiquité : un jeune être ailé qui accompagne le passage vers la mort. Torches renversées, colonnes brisées et urnes drapées complètent ce vocabulaire, que nous décodons en détail dans le guide du Père-Lachaise.
D'autres signes racontent un métier. Sur la tombe de l'astronome Urbain Le Verrier, qui découvrit Neptune par le calcul en 1846, une planète surmonte la stèle. Celle du champion d'échecs Alexandre Alekhine, en division 8, porte un échiquier.
La seconde langue est née au XXe siècle, et c'est la vraie signature de Montparnasse. Tickets de métro, baisers au rouge à lèvres, stylos, pommes de terre : chaque offrande cite une œuvre. Le visiteur ne dépose plus seulement des fleurs, il cite son auteur.
Quelles sont les tombes insolites du cimetière Montparnasse ?
Trois sépultures méritent le détour pour ce qu'elles racontent, pas pour qui elles abritent.
La première porte Le Baiser de Brancusi, en division 22. Tatiana Rachewskaïa, étudiante russe, se suicide par amour en décembre 1910, à vingt-trois ans. Son amant propose à la famille une sculpture d'un ami encore inconnu, Constantin Brancusi. Ce Baiser de 1909, deux amants taillés dans un seul bloc, est installé sur la tombe.
Un siècle plus tard, la sculpture vaut une fortune et les héritiers veulent la desceller pour la vendre. L'État l'inscrit aux monuments historiques en 2010. Le 2 juillet 2021, le Conseil d'État tranche : le Baiser fait corps avec la tombe et ne quittera pas le cimetière.
La deuxième est la plus étonnante du cimetière. En division 22 aussi, Charles Pigeon repose au lit, en bronze, à côté de sa femme. L'inventeur d'une lampe à essence qui n'explosait pas a commandé ce monument en 1905. Le couple lit à la lumière de la lampe Pigeon, pour l'éternité.
La troisième est un éclat de couleur. En 6e division, sur la tombe de son assistant Ricardo Menon, mort en 1989, Niki de Saint Phalle a posé un grand chat couvert de mosaïques. Une autre de ses œuvres, un oiseau fantastique, veille sur celle de Jean-Jacques Goetzman, en 18e division.
Une dernière absence, enfin. Le mathématicien Évariste Galois, mort en duel en 1832 à vingt ans, fut jeté dans la fosse commune du cimetière. Aucune tombe ne porte son nom. D'autres curiosités du même ordre attendent ailleurs, parmi les lieux insolites de Paris décodés arrondissement par arrondissement.
Le Parnasse des morts
Les étudiants du XVIIe siècle avaient baptisé leur butte du nom de la montagne des poètes. Deux siècles plus tard, le nom a tenu sa promesse. Poètes, peintres, cinéastes et philosophes reposent ici à quelques rues de leurs ateliers et de leurs cafés. Marcher sans guide, c'est accepter de croiser un baiser de pierre, un lit de bronze ou un pot de stylos. Les récits sont dans l'application, le reste est dans vos pas.
FAQ sur la visite du cimetière Montparnasse
Le cimetière du Montparnasse est-il payant ?
L'entrée du cimetière du Montparnasse est entièrement gratuite. Aucun billet n'est nécessaire, et le plan des tombes célèbres est lui aussi délivré gratuitement à l'entrée. Seules les visites commentées, proposées par des conférenciers indépendants ou des associations, sont payantes, car le cimetière reste un espace public ouvert à tous.
Quels sont les horaires du cimetière Montparnasse ?
Le cimetière ouvre à 8 h en semaine, 8 h 30 le samedi et 9 h le dimanche. Il ferme à 18 h de mi-mars à début novembre, puis à 17 h 30 en hiver. L'accès cesse un quart d'heure avant la fermeture : mieux vaut vérifier sur le site de la Ville de Paris.
Combien de temps faut-il pour visiter le cimetière Montparnasse ?
Comptez une heure et demie pour une dizaine de tombes. Le terrain est plat et les allées sont droites, ce qui rend la visite plus rapide qu'au Père-Lachaise. Prévoyez une demi-journée pour flâner dans les deux parties du cimetière, de part et d'autre de la rue Émile-Richard.
Comment trouver une tombe au cimetière Montparnasse ?
Repérez d'abord le numéro de division, jamais le nom seul. Le plan officiel, gratuit, situe les principales célébrités du cimetière. Pour une tombe familiale ou un nom absent du plan, la conservation, à l'entrée du boulevard Edgar-Quinet, consulte le registre des inhumations.
Où est la tombe de Serge Gainsbourg au cimetière Montparnasse ?
La tombe de Serge Gainsbourg se trouve en division 1, dans le grand cimetière. Elle est facile à repérer, couverte de tickets de métro, de choux et de paquets de cigarettes. C'est la sépulture la plus visitée du cimetière depuis 1991.
Faut-il un guide pour visiter le cimetière Montparnasse ?
Non, un plan et quelques repères suffisent largement. Le guide apporte le récit, pas l'accès. Un audioguide remplit la même fonction, au rythme de chacun et sans horaire imposé, que l'on prépare sa visite depuis chez soi ou que l'on marche sur place.




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