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L'histoire des catacombes de Paris : les secrets que la visite officielle ne révèle pas

  • 22 juin
  • 8 min de lecture
Mur de crânes et de tibias empilés dans l'ossuaire des Catacombes de Paris, arrangement en hague caractéristique du XIXe siècle
Ce mur de crânes et de tibias porte un nom de métier : la hague. Le parement visible cache derrière lui un simple bourrage d'ossements en vrac.

Vous êtes en haut des marches, place Denfert-Rochereau, et un courant d'air frais remonte du sous-sol. Dans quelques minutes, vous marcherez au milieu de six millions de morts. Mais ce que la visite officielle vous laisse croire, c'est que les Catacombes de Paris se résument à ce couloir d'os soigneusement rangés. En réalité, vous n'allez voir qu'un fragment infime : à peine un kilometre et demi sur un réseau de galeries qui en compte près de trois cents. Tout le reste est interdit. Dans cet article, on décode ce que vous regardez vraiment sous la capitale, et ce que personne ne pense à vous raconter avant la descente.



Que voit-on vraiment dans les Catacombes de Paris ?


Galerie voûtée de l'ossuaire des Catacombes de Paris avec murs d'ossements de chaque côté du couloir, calcaire brut au plafond
La voûte de calcaire brut rappelle que ces galeries sont d'anciennes carrières, creusées sous Paris pendant près de deux mille ans avant d'accueillir les morts.

Ce que vous visitez n'est pas une catacombe, mais un ossuaire municipal : un dépôt organisé d'ossements, et il ne représente qu'environ un demi pour cent du réseau souterrain. Le mot « catacombe » est un emprunt à Rome, où il désignait des galeries funéraires creusées pour enterrer les premiers chrétiens. Paris a repris le terme par goût romantique, mais ici, personne n'a jamais été inhumé sous terre volontairement. On y a transféré des os déjà enterrés ailleurs.


Tout commence en 1786. Les cimetières du centre, à commencer par celui des Innocents près des Halles, débordent depuis des siècles. Les fosses communes remontent à la surface, l'air devient irrespirable, et les caves voisines s'effondrent sous le poids des cadavres. La décision tombe : on vide les cimetières et on descend les ossements dans les anciennes carrières. Pendant des mois, des convois funèbres traversent Paris de nuit, draps noirs et chants de prêtres, pour déverser les restes dans le noir. Le ballet durera, par vagues, jusqu'au milieu du XIXe siècle.


C'est ce décor, et lui seul, que suit le parcours touristique. Si vous aimez ce type de patrimoine où la mort devient mémoire, vous retrouverez la même atmosphère à ciel ouvert en allant visiter le Père-Lachaise sans guide.




Pourquoi les ossements sont-ils rangés comme un décor ?


Inscription gravée Arrete c'est ici l'empire de la mort au-dessus de la porte d'entrée de l'ossuaire des Catacombes de Paris
Loin d'être une décoration gothique, cette inscription gravée au seuil de l'ossuaire est un avertissement assumé, posé là dès le début du XIXe siècle.

Cet alignement quasi artistique de crânes et de tibias est une mise en scène volontaire, pensée au début du XIXe siècle pour transformer un entrepôt macabre en lieu de méditation. Les premiers temps, les os étaient simplement versés en vrac. Puis arrive Louis-Étienne Héricart de Thury, ingénieur en chef des carrières à partir de 1810, qui décide d'ordonner le chaos.


Les murs que vous longez portent un nom de métier : on parle de hagues et bourrages. La hague, c'est le parement visible, ce mur de façade fait de tibias empilés et ponctué de crânes en motifs. Le bourrage, c'est tout ce qu'il y a derrière : un amas d'ossements plus petits, jetés en vrac et maintenus par le parement. Autrement dit, ce que vous admirez n'est qu'une fine pellicule décorative qui cache une montagne d'os anonymes.


Au-dessus de la porte de l'ossuaire, une phrase vous accueille, gravée en lettres noires : « Arrête, c'est ici l'empire de la mort ». Loin d'être une décoration gothique, c'est un avertissement assumé, dans l'esprit des Lumières finissantes, où l'on visitait ce lieu comme un sermon sur la vanité de l'existence.


Ce que peu de visiteurs savent


Avant même l'arrivée des os, un carrier nommé Décure, ancien soldat, passa ses heures libres entre 1777 et 1782 à sculpter dans la roche une maquette de la forteresse de Port-Mahon. C'était à Minorque, où il avait été prisonnier des Anglais. Cet ouvrage minutieux, toujours visible, est l'un de ces détails que la foule dépasse sans le voir. Il mourut d'ailleurs sous un éboulement en creusant l'escalier qui devait y mener.



Le réseau interdit : les 300 kilometres que la visite vous cache


Couloir de l'ossuaire des Catacombes de Paris avec murs d'ossements éclairés en lumière ambrée et plaque commémorative au fond
Le parcours touristique ne longe qu'environ 1,5 km de galeries aménagées sur les 300 km que compte le réseau souterrain parisien.

Au-delà du parcours balisé s'étend un labyrinthe d'environ trois cents kilometres de galeries, formellement interdit au public depuis un arrêté préfectoral de 1955. C'est l'envers du décor, ce que l'on appelle parfois les catacombes interdites. Ces vides ne sont pas des tombeaux : ce sont les anciennes carrières de pierre qui ont bâti Paris, abandonnées puis livrées à l'obscurité.


Une population entière s'y est inventé un terrain de jeu : les cataphiles. Ils descendent par des bouches d'égout, d'anciens puits ou des passages murés rouverts, parfois pour organiser des fêtes, des projections de films ou simplement pour cartographier l'inconnu. Face à eux veille une brigade de police dédiée, surnommée les cataflics, qui patrouille ce dédale et verbalise les intrus.


L'histoire fondatrice de ce monde parallèle est celle de Philibert Aspairt. En 1793, ce portier d'hôpital descend dans les galeries, sans doute pour rejoindre une cave à liqueurs des chartreux. Il s'y perd. On ne retrouvera son corps qu'onze ans plus tard, en 1804, à quelques mètres d'une sortie qu'il n'avait jamais trouvée dans le noir. Les cataphiles l'ont depuis adopté comme leur saint patron, et sa pierre tombale existe toujours, là où il est tombé.


Qui sont les cataphiles ?


Ce sont les explorateurs clandestins du sous-sol parisien, mélange d'étudiants, d'artistes et de passionnés d'histoire urbaine. Pour eux, l'enjeu n'est pas le frisson de la transgression mais la connaissance d'une ville cachée, avec ses propres salles baptisées, ses fresques et ses légendes. Si l'idée d'un Paris secret vous attire, prolongez avec notre sélection de lieux et d'angles dans Paris insolite.



D'où viennent ces galeries creusées sous Paris ?


Plaque funéraire des massacres de Septembre 1792 inscrite D.M. MDCCXCII dans les Catacombes de Paris, entourée d'ossements et d'une citation d'Homère en grec
La plaque dédiée aux victimes des massacres de Septembre 1792 rappelle que l'ossuaire mêle, anonymes et inconnus, six millions de destins parisiens.

Ces tunnels sont d'anciennes carrières d'où l'on a extrait, durant près de deux mille ans, le calcaire qui a servi à construire la ville en surface. Cette pierre porte un nom : le calcaire lutécien, du nom de Lutèce, la cité gallo-romaine. Le Louvre, Notre-Dame ou les hôtels du Marais sont, littéralement, des morceaux du sous-sol parisien remontés à la lumière. Pour comprendre cette filiation antique, voyez ce qu'il reste du Paris romain.

Le problème, c'est qu'à force de creuser sous les habitations, on a fragilisé la ville. En décembre 1774, un pan entier de la rue d'Enfer, l'actuelle avenue Denfert-Rochereau, s'effondre sur près de trente mètres de profondeur, engloutissant des maisons. Le roi prend peur. Trois ans plus tard, en 1777, il crée l'Inspection Générale des Carrières et nomme à sa tête l'architecte Charles-Axel Guillaumot, chargé de cartographier, consolider et surveiller tout ce qui menace de s'écrouler.

Le danger porte là aussi un terme technique : le fontis. Il s'agit d'un effondrement qui progresse vers le haut, une cloche de vide qui monte lentement dans le sol jusqu'à percer la surface en un cratère soudain. C'est précisément contre ce phénomène que des kilometres de galeries furent maçonnés et numérotés, transformant le chaos des carrières en réseau surveillé. Ce monde d'en bas mérite à lui seul son exploration : on le détaille dans notre tour des lieux à visiter sous Paris.



Comment bien préparer la descente ?

Couloir de l'ossuaire des Catacombes de Paris éclairé en lumière ambrée, à 20 mètres sous la surface dans le 14e arrondissement
À 20 mètres sous terre et 14 °C toute l'année : prévoyez une veste même en été, et réservez votre billet horodaté pour éviter une attente d'une heure.

La visite officielle reste accessible à tous, à condition d'anticiper l'attente et le froid : comptez 131 marches à la descente, une vingtaine de mètres sous terre et une température stable de 14 degres. Le parcours fait environ un kilometre et demi et se termine par une remontée de plus de cent marches : à éviter si vous craignez les escaliers ou les espaces confinés.


Quelques réflexes utiles. Le billet horodaté pris à l'avance vous épargne une file qui peut dépasser l'heure, surtout l'été. Prévoyez une veste, même en août. Et gardez à l'esprit que les sacs volumineux sont refusés. Une fois sous terre, ralentissez : l'essentiel se joue dans les détails gravés et les inscriptions, pas dans la traversée au pas de course. Si vous calez cette visite dans un programme plus large, elle s'intègre très bien à une journée pensée pour visiter Paris en un jour à pied.



Écouter le sous-sol plutôt que le subir

Croix de pierre dressée face à un mur de crânes et tibias disposés en arc symétrique dans l'ossuaire des Catacombes de Paris
Cette croix de calcaire, dressée au cœur de l'ossuaire, illustre la volonté des inspecteurs des carrières de transformer un entrepôt d'os en lieu de recueillement.

La visite des Catacombes a un défaut : sans clé de lecture, on traverse six millions de destins en regardant ses pieds. C'est exactement ce vide que comble le guidage audio d'Altava Odyssey, qui vous glisse à l'oreille, au bon endroit, l'anecdote et le décodage que les panneaux n'offrent pas. Avant de redescendre vers la lumière, gardez aussi de quoi prolonger la balade en surface avec les nombreux musées gratuits de Paris tout proches.

Sous vos pieds, une autre ville

Les Catacombes ne sont pas une curiosité morbide, mais la porte d'entrée vers un Paris vertical dont nous n'arpentons que la surface. Sous chaque pas que vous faites dans le 14e arrondissement dort une géographie oubliée de pierre et d'ossements. La prochaine fois que vous descendrez ces marches, vous saurez que le vrai labyrinthe commence là où la visite s'arrête. Et pour ne plus jamais marcher en touriste distrait, glissez l'appli Odyssey dans votre poche : elle transforme chaque rue en récit.

Perspective dans une galerie de l'ossuaire des Catacombes de Paris, voûte en calcaire brut et murs d'ossements de chaque côté, plaque inscrite visible
Chaque galerie de l'ossuaire est marquée d'une plaque indiquant l'origine des ossements : un cimetière disparu, une église rasée, un hôpital du Paris médiéval.


FAQ sur les Catacombes de Paris

Qui repose dans les Catacombes de Paris ?

Les ossements d'environ six millions de Parisiens y reposent, transférés depuis les cimetières surchargés de la ville à partir de 1786. On y trouve, mêlés et anonymes, aussi bien des inconnus que des victimes de la Révolution ou des figures comme Rabelais ou Lavoisier, dont les restes furent déplacés sans pouvoir être identifiés.

À quoi servaient les Catacombes de Paris ?

Elles ont d'abord servi de solution d'urgence sanitaire pour vider les cimetières du centre, devenus dangereux pour la santé publique au XVIIIe siècle. Les galeries elles-mêmes, plus anciennes, étaient à l'origine de simples carrières d'extraction de calcaire destiné à bâtir la ville.

Pourquoi les Catacombes de Paris sont-elles parfois fermées ?

Le site ferme pour des raisons de sécurité, de maintenance ou de stabilisation des galeries, mais aussi le lundi et certains jours fériés. Le sous-sol reste un milieu fragile, sensible à l'humidité et aux mouvements de terrain, ce qui impose des fermetures ponctuelles pour travaux.

Est-il illégal de visiter les Catacombes hors du parcours officiel ?

Oui : l'accès au reste du réseau souterrain est interdit depuis un arrêté de 1955 et passible d'une amende. Seul le circuit aménagé sous Denfert-Rochereau est ouvert légalement. Le reste relève des cataphiles, qui s'y aventurent en toute illégalité.

Combien de temps dure la visite des Catacombes ?

Comptez environ 45 minutes à une heure pour parcourir le circuit officiel d'un kilometre et demi. Mieux vaut prévoir un peu de marge en haute saison, l'attente à l'entrée pouvant rallonger sensiblement la sortie de terre.

Quel est le prix d'entrée des Catacombes de Paris ?

L'entrée plein tarif se situe autour d'une trentaine d'euros avec l'audioguide, avec des tarifs réduits et la gratuité pour les moins de 18 ans. Réserver un billet horodaté en ligne reste vivement conseillé pour éviter une longue file sur place.


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