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Paris avant Haussmann : ce qui a survécu aux grands travaux

19 août
6 min de lecture
Ruelle du vieux Paris bordée de maisons anciennes, avant les grands travaux d'Haussmann
Le Paris d'avant 1853 : ruelles étroites, façades disparates, ville héritée du Moyen Âge.

On croit le Paris d'avant Haussmann englouti sous les boulevards. En fait, la ville ancienne respire encore, par fragments, pour qui sait où regarder. Paris avant Haussmann, ce sont des ruelles rescapées, des façades à pans de bois et des hôtels du XVe siècle tapis derrière les alignements du Second Empire. Avec l'appli Altava Odyssey, apprenez à repérer ces survivants et à écouter leur histoire, que vous prépariez votre séjour ou que vous arpentiez déjà la capitale.



À quoi ressemblait Paris avant les travaux d'Haussmann ?


Avant 1853, Paris reste une ville aux rues médiévales, étroite, sombre et insalubre, où s'entassent plus d'un million d'habitants. La rue du Chat-qui-Pêche, ouverte en 1540 près de la Seine, mesure à peine 1,80 mètre de large. L'épidémie de choléra de 1832 y trouve un terrain rêvé : près de 19 000 Parisiens meurent en quelques mois. Ainsi naît l'idée d'une chirurgie urbaine radicale.


La « haussmannisation » désigne la transformation de Paris menée de 1853 à 1870 par le baron Haussmann, préfet de la Seine, sous Napoléon III : percées rectilignes, immeubles réglementés, égouts, squares et gares.


Le 29 juin 1853, jour de son installation, Haussmann reçoit de l'empereur une carte de Paris barrée de traits bleus, rouges, jaunes et verts, selon l'urgence des travaux. Le programme tient sur une feuille. Il durera dix-sept ans ! Pour comprendre ce que cette carte a produit, notre décryptage de l'architecture haussmannienne en détaille l'anatomie, immeuble par immeuble.


Boulevard haussmannien rectiligne bordé d'immeubles en pierre de taille à Paris
Dix-sept ans de chantier : la percée rectiligne remplace le lacis hérité du Moyen Âge.

Que reste-t-il du Paris médiéval dans la capitale ?


Le Paris médiéval survit surtout dans le Marais et sur la montagne Sainte-Geneviève : maisons à pans de bois, tronçons d'enceinte fortifiée, hôtels gothiques. Le plus long vestige de l'enceinte de Philippe Auguste, élevée de 1190 à 1213, court encore sur une soixantaine de mètres rue des Jardins-Saint-Paul. D'ailleurs, plusieurs lieux gothiques de Paris permettent de voyager au Moyen Âge sans quitter le centre. Les plus vieux monuments de Paris racontent la même longévité têtue.


Maison médiévale à pans de bois de la rue François-Miron, dans le Marais à Paris
Rue François-Miron : le plâtre imposé au XVIIe siècle a fini par sauver les colombages qu'il cachait.

Où voir les dernières maisons à pans de bois ?


Aux 11 et 13 de la rue François-Miron se dressent deux hautes maisons à « pans de bois », c'est-à-dire à ossature de bois apparente dont les intervalles sont comblés de torchis. Leurs enseignes reconstituées, Au Faucheur et Au Mouton, rappellent le temps où l'on repérait une adresse par son image. Au XVIIe siècle, la réglementation royale impose de masquer ces colombages sous le plâtre, par crainte des incendies. C'est ce plâtre protecteur qui les a sauvées : redécouvertes au XXe siècle, elles comptent parmi les doyennes de la capitale.


L'hôtel de Sens, survivant du XVe siècle


À deux pas de là, rue du Figuier, l'hôtel de Sens dresse ses tourelles gothiques. Tristan de Salazar, archevêque de Sens, en lance le chantier en 1475 pour loger dignement son diocèse à Paris. Sur la façade se cache un objet insolite : un petit boulet de canon incrusté dans le pignon, tiré lors des Trois Glorieuses, le 28 juillet 1830. La date est gravée dans la pierre. Le boulet y est toujours !



Quels quartiers ont échappé aux percées d'Haussmann ?


Les « percées », ces avenues rectilignes taillées au cordeau dans le bâti ancien, ont contourné plusieurs quartiers entiers. Les mieux préservés sont le Marais et la montagne Sainte-Geneviève, suivis du faubourg Saint-Germain. Le Marais, déserté par la haute société depuis la fin du XVIIe siècle, n'attire plus les capitaux : cette relégation le sauve. Pour décoder ses cours et ses hôtels, suivez notre guide pour visiter le Marais. Autour du Panthéon, le quartier latin conserve lui aussi son lacis d'avant les grands travaux.


Justement, un autre témoin se glisse dans cette géographie des rescapés : les passages couverts de Paris. Percés entre 1800 et 1850, ces raccourcis vitrés appartiennent au Paris d'avant. Les boulevards ont ruiné leur modèle commercial, mais épargné leurs verrières. Une chance inespérée pour nous.



Rue ancienne du Marais à Paris, quartier épargné par les percées d'Haussmann
Le Marais, déserté par la haute société dès la fin du XVIIe siècle, doit son salut à cet abandon.

Qu'est-ce que Haussmann a détruit, et pourquoi ?


L'île de la Cité paie le tribut le plus lourd : dans les années 1860, ses ruelles sont rasées et des milliers d'habitants délogés. Il n'en subsiste guère que la place Dauphine, inaugurée sous Henri IV, et la rue Chanoinesse. Notre plongée dans l'île de la Cité raconte ce que fut ce quartier avant de devenir un décor administratif. Autre victime célèbre, le boulevard du Temple, surnommé « boulevard du Crime » pour ses mélodrames sanglants, tombe en 1862 avec ses théâtres.


Pourquoi tant de démolitions ? Trois obsessions gouvernent le chantier : l'hygiène après les épidémies, la circulation des hommes et des marchandises, et le contrôle d'une ville trop douée pour la barricade. L'historien de l'urbanisme Pierre Pinon, auteur de l'Atlas du Paris haussmannien, a mesuré l'ampleur du geste : environ 20 000 maisons démolies, le double reconstruit. Un chiffre fou !


En fait, la Ville a documenté sa propre démolition. Dès 1865, le photographe Charles Marville est missionné pour fixer sur plaque les rues condamnées. Ses quelque 425 clichés, conservés au musée Carnavalet, forment le portrait le plus fidèle de Paris avant et après Haussmann.


Vue ancienne d'une rue parisienne condamnée par les percées, dans l'esprit des photographies de Charles Marville
Missionné dès 1865, Charles Marville a fixé sur plaque les rues condamnées : 425 clichés au musée Carnavalet.

Comment lire la frontière avant et après dans la rue ?


Trois indices suffisent pour dater un morceau de ville d'un simple regard. D'abord le tracé : une rue qui serpente est presque toujours antérieure à 1853, car les percées ignorent la courbe. Ensuite la façade : la pierre de taille réglée, aux balcons filants, signe le Second Empire ; le plâtre irrégulier et les hauteurs disparates trahissent l'ancien régime urbain. Enfin le « parcellaire », nommé ainsi par les urbanistes pour désigner le découpage des terrains : des parcelles étroites et profondes, en lanières, révèlent un lotissement médiéval.


L'exercice devient vite un réflexe. La rue de Rivoli file droit, la rue Saint-Honoré ondule à quelques mètres : deux siècles les séparent. Sauriez-vous repérer la couture entre les deux villes ?


  • Le tracé : une rue qui serpente est presque toujours antérieure à 1853.
  • La façade : plâtre irrégulier et hauteurs disparates trahissent le Paris d'avant.
  • Le parcellaire : des parcelles étroites en lanières révèlent un lotissement médiéval.


Écouter le Paris disparu, où que vous soyez


Les pierres racontent, encore faut-il un narrateur. L'appli Altava Odyssey glisse à l'oreille l'histoire des quartiers, des façades et des personnages qui ont fait Paris, de Lutèce aux grands boulevards. Avant le départ, pendant la balade ou depuis un canapé, chaque écoute transforme une rue banale en récit. La ville d'avant Haussmann y retrouve sa voix.



La ville d'avant n'a jamais vraiment disparu


Haussmann a redessiné Paris, il ne l'a pas effacé. Derrière chaque alignement du Second Empire subsiste un pan de bois, un tronçon de muraille, une rue qui refuse de filer droit. Apprendre à les voir, c'est marcher dans deux villes à la fois. Et avec Altava Odyssey dans les écouteurs, la plus ancienne des deux reprend la parole.


Rue parisienne où voisinent façades anciennes et immeubles du Second Empire
Deux villes superposées : apprendre à voir l'ancienne derrière l'alignement du Second Empire.

FAQ sur Paris avant Haussmann


Comment était Paris avant les travaux d'Haussmann ?

Paris était une ville dense et insalubre, au tissu encore médiéval, peuplée de plus d'un million d'habitants. Les rues dépassaient rarement cinq mètres de large et les épidémies y circulaient vite, comme le choléra de 1832. C'est cette ville que les percées de 1853 à 1870 ont transformée.


Quels sont les anciens quartiers de Paris ?

Le Marais, la montagne Sainte-Geneviève, le faubourg Saint-Germain et des fragments de l'île de la Cité comptent parmi les plus anciens quartiers. Épargnés par les percées, ils conservent leurs tracés d'avant 1853, leurs hôtels particuliers et leurs rues sinueuses, véritables archives à ciel ouvert.


Quel est le nom de l'ancien Paris ?

L'ancienne ville s'appelait Lutèce, nom de la cité gallo-romaine fondée sur la rive gauche de la Seine. Le nom de Paris s'impose au IVe siècle, emprunté aux Parisii, le peuple gaulois installé sur les lieux. Le « vieux Paris » désigne, lui, la ville d'avant les grands travaux.


Quand est-ce que Haussmann a refait Paris ?

Les grands travaux se déroulent de 1853 à 1870, sous le Second Empire de Napoléon III. Nommé préfet de la Seine en juin 1853, Haussmann perce boulevards et avenues pendant dix-sept ans, jusqu'à sa révocation en janvier 1870, quelques mois avant la chute du régime.


Qui est le baron Haussmann ?

Georges Eugène Haussmann, né en 1809, est le préfet de la Seine qui a dirigé la transformation de Paris. Administrateur et non architecte, il orchestre percées, égouts, parcs et annexion des communes voisines en 1860. Son nom est devenu l'adjectif qui décrit l'immeuble parisien type.


Où voir le Paris d'avant Haussmann aujourd'hui ?

Dans le Marais, rue François-Miron et rue des Jardins-Saint-Paul, autour de la place Dauphine et sur la montagne Sainte-Geneviève. Les passages couverts, les cours d'hôtels particuliers et les rues qui serpentent complètent ce musée gratuit et à ciel ouvert, accessible toute l'année.



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