Visiter le cimetière Montmartre sans guide : 10 tombes

Onze hectares, trente-trois divisions, plus de vingt mille concessions. Le cimetière de Montmartre est quatre fois plus petit que le Père-Lachaise, et c'est sa chance : on y trouve Dalida en dix minutes et Stendhal en vingt. Encore faut-il savoir comment le lieu est organisé, puis quoi regarder une fois devant la pierre. Visiter le cimetière Montmartre sans guide se prépare donc en quelques lignes, celles qui suivent. L'application Altava Odyssey raconte ces tombes à l'oreille, pour ceux qui veulent le récit en plus du chemin.
Comment retrouver une tombe au cimetière de Montmartre sans guide ?
Tout se joue sur le numéro de division. Le cimetière est découpé en 33 secteurs numérotés, appelés « divisions », autrement dit les quartiers de cette ville des morts. Chercher « la tombe de Dalida » ne mène nulle part. Chercher « division 18 » mène droit au but.
Le plan du cimetière de Montmartre est affiché à l'unique entrée ouverte toute l'année, au 20, avenue Rachel, une impasse qui donne sur le boulevard de Clichy. Le bureau de la conservation, ouvert en semaine, en tient des exemplaires et répond pour les noms absents du plan. Métro Blanche ou Place de Clichy, à moins de cinq minutes.
La méthode est la même que pour la visite du Père-Lachaise sans guide : noter les divisions, les regrouper par voisinage, suivre les plaques aux carrefours. Ici, tout est simplement plus compact. Onze hectares contre quarante-quatre !
Un mot sur le terrain. Le cimetière est creusé en contrebas des rues, et ses allées grimpent vers le pont par des escaliers. Comptez une heure et demie pour les dix tombes de ce parcours, deux heures en flânant. Les grilles ouvrent à 8 h en semaine, 8 h 30 le samedi, 9 h le dimanche, et ferment à 18 h du 16 mars au 5 novembre, 17 h 30 le reste de l'année.

Pourquoi le cimetière de Montmartre est-il creusé dans une carrière ?
Le cimetière doit son relief à une ancienne carrière de gypse. Le « gypse », c'est cette roche tendre dont on tire le plâtre, et la Butte en a fourni à tout Paris pendant des siècles. À la Révolution, l'exploitation s'arrête et les excavations servent de fosses communes. On y jette notamment les gardes suisses tués aux Tuileries le 10 août 1792.
À l'époque, Paris ne veut plus de ses morts. Le cimetière des Innocents a fermé en 1780, et ses ossements ont rejoint d'autres carrières, au sud de la ville. C'est tout le sujet de l'histoire des catacombes de Paris. En septembre 1798, la Ville achète ici un premier hectare, vite saturé. Il faut attendre l'architecte Étienne-Hippolyte Godde pour voir naître une vraie nécropole, inaugurée le 1er janvier 1825.
Le cimetière de Montmartre, officiellement nommé « cimetière du Nord », est la troisième nécropole de Paris intra-muros : 11 hectares et plus de 20 000 concessions au pied de la Butte. Le Père-Lachaise était le cimetière de l'Est, Montparnasse celui du Sud. La logique était administrative. Le charme, lui, est venu avec les arbres : près de 800 aujourd'hui.
Quelles tombes voir au cimetière de Montmartre ?
Dix sépultures, dix récits. Dalida, Stendhal, Berlioz, Degas, Dumas fils, Offenbach, Truffaut, Nijinski, Berger et Gall, Heine : ce ne sont pas toujours les plus spectaculaires du cimetière, mais ce sont celles devant lesquelles on comprend quelque chose.
La tombe de Dalida

La tombe de Dalida se trouve en division 18, et c'est la plus visitée et la plus fleurie du cimetière, selon la Ville de Paris. La chanteuse s'éteint le 3 mai 1987, dans sa maison de la rue d'Orchampt, sur la Butte. Le sculpteur Aslan l'a représentée grandeur nature, en robe longue, devant un soleil de rayons dorés.
Ce que peu de visiteurs savent : le même Aslan a signé le buste de bronze de la place Dalida, à cinq minutes de là. La place a été inaugurée en 1997, à l'angle des rues Girardon et de l'Abreuvoir. La légende veut que toucher sa poitrine porte chance : le bronze y est poli comme un miroir. La chanteuse a ainsi deux adresses sur la colline, une pour les fleurs, une pour les vœux.
La tombe de Stendhal

Stendhal repose en division 30, sous une épitaphe en italien qu'il avait rédigée lui-même : « Arrigo Beyle, Milanese. Scrisse, amò, visse. » Autrement dit : « Henri Beyle, Milanais. Il écrivit, il aima, il vécut. » L'auteur du « Rouge et le Noir », né à Grenoble, avait choisi sa patrie de cœur.
Il meurt le 23 mars 1842, foudroyé en pleine rue, et repose d'abord sous ce qui deviendra le pont Caulaincourt, dans le vacarme. Sa tombe est déplacée en 1962 vers la division 30, où un médaillon de bronze fixe son profil. Détail que peu remarquent : ce médaillon est attribué à Rodin.
La tombe d'Hector Berlioz

Le compositeur de la « Symphonie fantastique » repose en division 20, sous un monument de granit noir orné de son profil. Berlioz meurt le 8 mars 1869, seul, dans son appartement de la rue de Calais, à quelques centaines de mètres d'ici.
Sa première tombe, très modeste, a été remplacée en 1970. Ce que peu de visiteurs savent : il y repose entre ses deux femmes, l'actrice irlandaise Harriet Smithson, la muse de la Symphonie, et la cantatrice Marie Recio. Il avait lui-même fait réunir leurs cercueils. Le romantique jusqu'au bout !
La tombe d'Edgar Degas

Le peintre des danseuses est en division 4, dans le caveau familial. Sur le fronton, une inscription surprend : « Famille de Gas ». C'est le vrai nom de l'artiste, mort le 27 septembre 1917. Jeune homme, il avait soudé la particule pour paraître moins aristocrate. La pierre, elle, a gardé l'orthographe de ses ancêtres.
Degas fut le peintre le plus montmartrois des impressionnistes : atelier rue Victor-Massé, café de la Nouvelle Athènes, coulisses de l'Opéra. Pour retrouver la lumière de ses contemporains sur la Butte, il suffit de relire le Bal du Moulin de la Galette de Renoir, peint à dix minutes d'ici.
La tombe d'Alexandre Dumas fils

L'auteur de « La Dame aux camélias » repose en division 21, sous un gisant de marbre blanc signé René de Saint-Marceaux. Le « gisant », c'est cette statue couchée sur le tombeau, à la manière des rois du Moyen Âge. Dumas fils meurt le 27 novembre 1895, académicien, plus honoré que son père ne le fut jamais de son vivant.
Et ce n'est pas tout. En division 15, à quelques allées, repose Alphonsine Plessis, dite Marie Duplessis, la courtisane qui inspira l'héroïne du roman. Elle meurt de la tuberculose le 3 février 1847, à vingt-trois ans. Dumas publie le livre un an plus tard. Verdi en tirera « La Traviata ». Le modèle et l'auteur, séparés par six divisions et quarante-huit ans.
La tombe de Jacques Offenbach

Le roi de l'opérette est en division 9, et sa tombe n'est pas l'œuvre d'un marbrier ordinaire. Elle est dessinée par Charles Garnier en personne, l'architecte dont on décode le chef-d'œuvre dans notre visite de l'Opéra Garnier. Le buste de bronze est de Jules Franceschi. Pas n'importe quel hommage : celui d'un bâtisseur à un musicien !
Offenbach meurt le 5 octobre 1880, quelques mois avant la création des « Contes d'Hoffmann ». On lui doit « Orphée aux Enfers », en 1858, dont le galop final est devenu la musique du cancan. Le Moulin Rouge, à trois cents mètres de sa tombe, le joue encore chaque soir.
La tombe de François Truffaut

Le cinéaste de la Nouvelle Vague repose en division 21, sous une dalle de granit noir d'une sobriété absolue. Truffaut meurt le 21 octobre 1984, à cinquante-deux ans, d'une tumeur au cerveau. Les admirateurs y déposent des tickets de cinéma.
Détail que peu remarquent : Truffaut avait filmé ce cimetière bien avant d'y entrer. Dans « Les Quatre Cents Coups », en 1959, Antoine Doinel traverse le pont Caulaincourt, celui-là même qui enjambe les tombes voisines. L'enfant de Montmartre est revenu dormir sous son décor.
La tombe de Vaslav Nijinski

En division 22, une statue de bronze montre un clown triste, assis, le menton dans la main. C'est Nijinski, l'étoile des Ballets russes, dans son rôle de Petrouchka, le pantin du ballet de Stravinsky créé à Paris en 1911. Le « dieu de la danse » meurt à Londres le 8 avril 1950, après trente ans de silence psychiatrique.
Son ami Serge Lifar fait transférer sa dépouille ici en 1953. La même division abrite le peintre symboliste dont la maison-atelier est devenue le musée Gustave Moreau, à dix minutes à pied.
La tombe de Michel Berger et France Gall

Le couple partage une même tombe en division 29, avec leur fille Pauline, morte en 1997 à dix-neuf ans. Michel Berger s'éteint le 2 août 1992, d'une crise cardiaque, à quarante-quatre ans. France Gall le rejoint le 7 janvier 2018.
Ce que peu de visiteurs savent : Berger est né Hamburger, fils du grand néphrologue Jean Hamburger, académicien, enterré juste à côté. Un nom de scène raccourci, comme Degas. Sur la pierre, les admirateurs laissent des mots et parfois une rose. La tombe est l'une des plus fleuries après celle de Dalida.
La tombe de Heinrich Heine

Le poète allemand repose en division 27, sous un monument de marbre blanc surmonté de son buste, œuvre du sculpteur danois Louis Hasselriis, inauguré en 1901. Heine meurt à Paris le 17 février 1856, après huit années cloué au lit par la paralysie, sur ce qu'il appelait lui-même son « matelas-tombe ».
Exilé volontaire depuis 1831, interdit de publication en Prusse, il avait choisi Paris pour sa liberté. Il repose ici plutôt qu'en Allemagne, par sa propre volonté. Sur la stèle, ses vers sont gravés en allemand. Un chiffre fou : sa tombe est l'une des plus fleuries par les visiteurs allemands, cent soixante-dix ans après.
Pourquoi un pont passe-t-il au-dessus des tombes ?

Parce que le baron Haussmann voulait une rue, et que les Parisiens ont dit non. En 1867, le préfet projette de prolonger la rue Caulaincourt à travers le cimetière, ce qui suppose de déplacer plus de 200 tombes. L'opinion s'enflamme, une pétition circule, et Haussmann doit défendre son projet à la tribune en janvier 1868.
Le compromis ? Le pont Caulaincourt, 135 mètres de métal jetés au-dessus des sépultures. Le chantier ne démarre qu'en 1887, et c'est le préfet Eugène Poubelle qui l'inaugure le 16 décembre 1888. Fait quasi unique en France, des chapelles funéraires se retrouvent logées sous un tablier d'acier. Ce bras de fer dit beaucoup de la méthode du préfet, que l'on mesure mieux en découvrant Paris avant Haussmann.
En 2013, l'Atelier parisien d'urbanisme (Apur) a consacré une étude à la protection paysagère du site, pont compris. Depuis, la chapelle Fournier est inscrite aux monuments historiques.
Quelles sont les tombes insolites du cimetière de Montmartre ?
Quatre sépultures méritent le détour pour ce qu'elles racontent, pas seulement pour qui elles abritent.
Le tombeau d'Émile Zola, en division 19, est vide. C'est un « cénotaphe », c'est-à-dire un monument qui ne contient plus le corps de celui qu'il honore. Zola, mort asphyxié le 29 septembre 1902, a bien été enterré ici sous un buste de bronze et un bloc de porphyre rouge. Mais le 4 juin 1908, sa dépouille part pour le Panthéon. Sa femme Alexandrine y repose toujours.
En division 20, une dalle sobre porte le nom des Sanson, bourreaux de Paris de père en fils de 1688 à 1847. Charles-Henri Sanson exécute Louis XVI le 21 janvier 1793, son fils Henri guillotine Marie-Antoinette le 16 octobre suivant. Le dernier de la lignée est révoqué en 1847 pour avoir mis la guillotine en gage. Une véritable dynastie, tombée pour dettes !
En division 31, le gisant de bronze de Godefroy Cavaignac, journaliste républicain mort en 1845, est signé François Rude, l'auteur de « La Marseillaise » de l'Arc de Triomphe. Le drapé du linceul est d'une virtuosité rare. Non loin, la Goulue, reine du cancan et modèle de Toulouse-Lautrec, n'est revenue à Montmartre qu'en 1992, transférée de Pantin devant deux mille personnes. Désormais, elle n'en bougera plus !
Après la visite, la rue Lepic est toute proche. On y retrouve le café des 2 Moulins, le bistrot d'Amélie Poulain, pour prolonger l'après-midi sur la Butte.
Ce que la carrière raconte encore
Le cimetière de Montmartre n'a jamais été conçu comme un musée. C'est un cimetière en activité, où l'on enterre encore près de 500 personnes par an, et où Dalida voisine avec des familles anonymes. Marcher sans guide, c'est accepter de se perdre un peu sous le pont, puis de tomber sur un pantin de bronze, un caveau mal orthographié, une épitaphe en italien. Les récits sont dans l'application Odyssey, le reste est dans vos pas.
FAQ sur la visite du cimetière de Montmartre
Qui est enterré au cimetière de Montmartre ?
Dalida, Stendhal, Hector Berlioz, Edgar Degas, Jacques Offenbach et François Truffaut comptent parmi les plus connus. On y trouve aussi Nijinski, Heinrich Heine, Michel Berger et France Gall, la Goulue et la famille Sanson, bourreaux de Paris. Émile Zola y garde un tombeau, mais son corps repose au Panthéon depuis 1908.
Où se trouve la tombe de Dalida au cimetière de Montmartre ?
La tombe de Dalida se trouve en division 18, à quelques minutes à pied de l'entrée de l'avenue Rachel. Elle se reconnaît de loin à sa statue grandeur nature et à ses rayons dorés. C'est la sépulture la plus visitée et la plus fleurie du cimetière, selon la Ville de Paris.
Quels sont les horaires du cimetière de Montmartre ?
Le cimetière ouvre à 8 h en semaine, 8 h 30 le samedi et 9 h le dimanche et les jours fériés. Il ferme à 18 h du 16 mars au 5 novembre, et à 17 h 30 le reste de l'année. Le dernier accès se fait un quart d'heure avant la fermeture.
La visite du cimetière de Montmartre est-elle gratuite ?
Oui, l'entrée est gratuite et sans réservation, comme dans tous les cimetières parisiens. Un plan est affiché à l'entrée du 20, avenue Rachel. Seules les visites commentées par des conférenciers indépendants sont payantes, un audioguide remplissant la même fonction au rythme de chacun.
Pourquoi y a-t-il un pont au-dessus du cimetière de Montmartre ?
Le pont Caulaincourt est un compromis de 1888, qui a évité de percer une rue à travers les tombes. En 1867, Haussmann voulait déplacer plus de 200 sépultures, et les Parisiens ont protesté. Le pont de métal, long de 135 mètres, a été inauguré par le préfet Poubelle.
Combien de temps faut-il pour visiter le cimetière de Montmartre ?
Comptez une heure et demie pour les dix tombes de ce parcours, deux heures en flânant. Le terrain est vallonné, avec des escaliers et des allées pavées. Mieux vaut prévoir des chaussures confortables, et venir le matin pour la lumière sous les arbres.




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