Musée Gustave Moreau : 13 000 dessins, une seule maison
- 5 août
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Au 14 rue de La Rochefoucauld, dans le 9e arrondissement, une maison bourgeoise abrite l'un des lieux les plus singuliers de Paris. Le musée Gustave Moreau n'est pas un musée ordinaire : c'est l'atelier que le peintre a transformé, de son vivant, en écrin de toute son œuvre. Des milliers de dessins y dorment dans des meubles à tiroirs, sous un escalier en spirale devenu culte. Pour préparer la visite ou la prolonger, l'application Altava Odyssey vous glisse à l'oreille ce que ces murs racontent, à la manière du Paris insolite et de ses secrets.
Qui était Gustave Moreau, le peintre qui a muséifié sa maison ?

Gustave Moreau (1826-1898) est le chef de file du symbolisme français. Le symbolisme, c'est un courant nommé ainsi car il préfère suggérer le rêve, le mythe et le sacré plutôt que de décrire le réel. Là où l'impressionnisme court après la lumière du dehors, Moreau reste à l'atelier et peuple ses toiles de divinités et de héros antiques.
Formé à l'École des Beaux-Arts, nourri de deux voyages en Italie, il connaît un tournant en 1864. Cette année-là, son tableau « Œdipe et le Sphinx » est acquis par le prince Napoléon, ce qui lance vraiment sa carrière. Suivront ses grands thèmes de prédilection, Salomé, « L'Apparition », Orphée, ces figures énigmatiques qui font sa signature.
Ce que peu de visiteurs savent, c'est que Moreau fut aussi un professeur adoré. À l'École des Beaux-Arts, il forme Matisse, Marquet et surtout Georges Rouault, son élève préféré. Un maître qui se voyait « passeur » plus que professeur.
Pourquoi une maison-atelier, et pas un musée comme les autres ?
Moreau a conçu son musée lui-même, avant de mourir. L'idée le hante après la disparition de sa mère et de son amie Alexandrine Dureux. En avril 1895, il charge un jeune architecte, Albert Lafon, de métamorphoser la maison familiale en musée. Les travaux durent de mai 1895 à septembre 1896.
Lafon surélève le bâtiment et dessine une façade en brique et pierre, dans un goût néoclassique hérité des Beaux-Arts. Ce parti pris lui vaut d'ailleurs la médaille de l'architecture privée en 1897. Pour saisir cette grammaire des façades, notre décodage de l'architecture néoclassique donne les bonnes clés.
À l'intérieur, une maison-atelier se dessine sur plusieurs niveaux. Le premier étage garde l'appartement de la famille, arrangé comme un petit musée sentimental où voisinent les portraits des proches et des œuvres offertes par ses amis Chassériau, Fromentin ou Degas. Les deuxième et troisième étages deviennent de vastes ateliers vitrés au nord.
Le testament est signé le 10 septembre 1897. Moreau y lègue la maison et tout ce qu'elle contient à l'État, à une condition : que la collection garde toujours son « caractère d'ensemble ». Il meurt le 18 avril 1898. Son ami et légataire universel, le poète Henri Rupp, achève l'accrochage selon ses volontés. Le musée est inauguré en janvier 1903, premier musée monographique de France. Son premier conservateur ? Georges Rouault, l'élève préféré.

Que voir au musée Gustave Moreau ?
Trois niveaux, trois atmosphères : l'intimité d'un appartement, l'ampleur de deux ateliers, et l'escalier qui les relie. Le lieu se parcourt comme la maison d'un absent resté présent. Idéal à glisser dans une balade dans Paris du côté de la Nouvelle Athènes.
L'escalier en colimaçon, pièce culte du lieu
Impossible de parler du musée sans son escalier. On l'appelle « escalier à vis », ou « hélicoïdal », c'est-à-dire une volée qui s'enroule autour d'un axe central, comme un tire-bouchon de métal. Installé lors des travaux de 1895, il relie les deux grands ateliers dans un mouvement théâtral. C'est aujourd'hui l'image la plus partagée du lieu, celle qui remplit les réseaux. Un décor de rêve, littéralement.
L'appartement du peintre, capsule figée vers 1900
Au premier étage subsiste le logement de la famille Moreau. Salle à manger, chambre, boudoir, bureau bibliothèque : tout est resté en place. Restauré à l'identique, cet appartement a rouvert au public en 1991. On y trouve un « musée sentimental », c'est-à-dire un décor pensé comme un reliquaire de souvenirs, avec un portrait du peintre par Edgar Degas. C'est ce cabinet intime qui a bouleversé un jeune visiteur nommé André Breton.

Les cartons à dessins à tiroirs, la réserve secrète
Voici le trésor caché. Moreau ne laisse pas que des toiles : il lègue plus de 13 000 dessins et calques. Pour les conserver, il fait fabriquer des cartons à dessins à volets pivotants, des meubles à panneaux montés sur charnières qui se déploient comme les pages d'un livre. Près de 4 830 feuilles y sont rangées, numérotées de gros chiffres tracés par le peintre lui-même. Une réserve d'atelier rarement égalée, qui explique le sous-titre de cette maison hors norme.

Le symbolisme décodé : comment lire une toile de Moreau
Chez Moreau, chaque tableau est une énigme à déchiffrer, pas une scène à contempler distraitement. Ses figures flottent dans un espace de rêve, chargées de mythologie et de mysticisme. La couleur y devient bijou : émaux, glacis, empâtements. Le glacis, c'est une couche de peinture translucide posée sur une autre, qui donne cette profondeur d'orfèvrerie.
Trois chefs-d'œuvre résument sa manière. « Jupiter et Sémélé » (1895) éclate de colorations qui font songer aux céramiques anciennes. « Les Chimères » (1884) déploie un peuple de créatures oniriques. Le « Retour des Argonautes », peint vers 1891 et repris en 1897, occupe les cimaises des grands ateliers. Pour élargir le regard sur la peinture parisienne, voyez aussi notre sélection des plus beaux tableaux sur Paris.
Cette étrangeté a fasciné les surréalistes. André Breton, qui habitait tout près, rue Fontaine, venait en voisin. Le pape du surréalisme confiait que ce musée avait « conditionné pour toujours [sa] façon d'aimer ». Salvador Dalí y vouait un culte comparable : en avril 1970, c'est ici même qu'il choisit d'annoncer la création de son propre musée à Figueras.

Musée Gustave Moreau, ce qu'il faut savoir avant d'y aller
Le musée se trouve au 14 rue de La Rochefoucauld, Paris 9e, au cœur du quartier de la Nouvelle Athènes. Le métro ligne 12 dépose à deux pas, stations Trinité d'Estienne d'Orves ou Saint-Georges. En 2026, le lieu ouvre tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h.
C'est un musée national : l'entrée est payante, avec la gratuité habituelle pour les moins de 18 ans et les résidents de l'Union européenne de moins de 26 ans. Pour d'autres adresses sans billet, notre guide des musées gratuits de Paris complète la sortie. Comptez une petite heure à une heure et demie sur place. Le quartier lui-même mérite le détour, entre hôtels romantiques et passages couverts de Paris à explorer alentour.
Envie de comprendre chaque œuvre sans guide papier ? L'application Altava Odyssey raconte le lieu et son peintre à votre rythme, idéale pour visiter Paris en un jour à pied en enchaînant les pépites du 9e.

Un tombeau que le peintre a voulu vivant
Moreau a passé ses dernières années à classer, retoucher, annoter ses œuvres pour d'inconnus visiteurs futurs. Le résultat n'a rien d'un cimetière : c'est une maison habitée par une présence, où l'art se donne à comprendre autant qu'à voir. Ouvrez l'application Odyssey avant de pousser la porte, et cette étrange demeure livrera tous ses codes.
FAQ sur le musée Gustave Moreau
Où se trouve le musée Gustave Moreau ?
Le musée occupe le 14 rue de La Rochefoucauld, dans le 9e arrondissement de Paris, quartier de la Nouvelle Athènes. La ligne 12 du métro dessert le lieu, via les stations Trinité d'Estienne d'Orves et Saint-Georges. C'est l'ancienne maison-atelier du peintre, léguée à l'État.
Le musée Gustave Moreau est-il gratuit ?
L'entrée est payante, mais gratuite pour plusieurs publics. Comme dans les musées nationaux, les moins de 18 ans et les résidents de l'Union européenne de moins de 26 ans ne paient pas. Vérifiez les tarifs en cours sur le site officiel, qui varient selon les expositions.
Combien de temps faut-il pour visiter le musée Gustave Moreau ?
Prévoyez une petite heure à une heure et demie. Le musée est compact, réparti sur l'appartement du premier étage et les deux grands ateliers. Les amateurs de dessin s'attardent plus longtemps, tant les meubles à volets pivotants recèlent de feuilles à feuilleter.
Pourquoi l'escalier du musée Gustave Moreau est-il célèbre ?
Son escalier à vis en métal, installé vers 1895, est devenu une icône visuelle. Il relie les deux ateliers dans une spirale spectaculaire, très photographiée. Conçu lors de la transformation de la maison par l'architecte Albert Lafon, il donne au lieu sa dimension théâtrale immédiatement reconnaissable.
Qui était Gustave Moreau ?
Gustave Moreau (1826-1898) fut le chef de file du symbolisme en peinture. Formé aux Beaux-Arts, il devint célèbre avec des sujets mythologiques comme Salomé ou Œdipe et le Sphinx. Grand professeur, il forma Henri Matisse et Georges Rouault, futur premier conservateur de son musée.
Quelles œuvres voir au musée Gustave Moreau ?
Ne manquez pas « Jupiter et Sémélé », « Les Chimères » et le « Retour des Argonautes ». Ces grands formats occupent les ateliers des étages. Le rez-de-chaussée et l'appartement révèlent aquarelles, esquisses et une réserve de plus de 13 000 dessins, cœur méconnu de la collection.




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