Cinéma La Pagode : histoire, secrets et date de réouverture

Le cinéma La Pagode est sans doute le plus dépaysant des lieux insolites de Paris : une authentique pagode japonisante posée rue de Babylone, au cœur du 7e arrondissement. Fermée depuis 2015, la salle prépare sa renaissance, désormais attendue fin 2026 ou début 2027. Cadeau d'amour, scandale mondain, temple de la cinéphilie : ces toits relevés cachent un roman. Altava Odyssey vous le raconte, que vous prépariez un séjour ou que vous écoutiez depuis votre canapé.
Pourquoi une pagode japonaise se cache-t-elle rue de Babylone ?
La Pagode naît en 1896, commandée par François-Émile Morin, directeur du Bon Marché, comme cadeau pour son épouse. L'histoire commence donc à deux pas du grand magasin, installé plus bas dans la même rue. Madame Morin, Amélie Suzanne Kelsen, collectionne les objets d'Extrême-Orient. Son mari veut l'éblouir. Il confie le chantier à Alexandre Marcel, jeune virtuose formé dans la tradition de l'architecture Beaux-Arts, qui livre un pavillon de fêtes japonisant, avec jardin clos et salle de réception.
Le contexte explique la folie du geste. Le « japonisme » désigne la fascination des créateurs occidentaux pour les arts du Japon, qui gagne l'Europe après l'ouverture de l'archipel, vers 1860. Paris collectionne alors estampes, laques et paravents. Ce même engouement pour la ligne venue d'ailleurs nourrira bientôt l'Art nouveau parisien. La Pagode n'est pas un caprice isolé : elle est le japonisme fait maison.

Un cadeau d'amour qui tourne au vaudeville
Les fêtes de la Pagode font accourir toute la rive gauche : dîners, bals costumés, soirées mondaines sous les lampions du jardin. Puis, coup de théâtre. Peu après l'inauguration, l'épouse de Morin quitte son mari. L'histoire raconte qu'elle partit au bras de l'associé de son époux, transformant le cadeau d'amour en décor d'abandon. Les réceptions s'espacent, la magie s'éteint. En 1927, la salle des fêtes ferme ses portes. Le vaudeville avait tué la fête.
Que raconte l'architecture de La Pagode ?
La silhouette s'inspirerait du sanctuaire Tōshō-gū de Nikkō, haut lieu de l'architecture sacrée japonaise du XVIIe siècle. Alexandre Marcel n'a pourtant rien copié : il recompose. Toiture à angles relevés, bois sculptés, céramiques vernissées, jardin planté de bambous : chaque élément vient d'un répertoire authentique, assemblé avec une liberté toute parisienne. D'ailleurs, la légende d'une pagode importée du Japon en pièces détachées ne résiste pas aux archives : l'édifice est bien sorti d'un atelier français.
Ce décor est aujourd'hui sous haute protection. Le jardin est protégé au titre des monuments historiques depuis 1983, suivi en 1990 par les façades, la toiture et la grande salle, comme le consigne la base Mérimée du ministère de la Culture. Un privilège rare pour un cinéma !

Le détail que peu remarquent : la frise qui a fâché la Chine
La grande salle conserve des panneaux peints figurant des combats sino-japonais, guerriers nippons en position de vainqueurs. Détail décoratif ? Pas pour tout le monde. L'histoire raconte qu'en 1927, la légation de Chine, séduite par l'édifice, envisagea d'y installer ses salons de réception. Elle renonça net en découvrant la frise : impossible de recevoir sous une scène célébrant les victoires du Japon sur la Chine. Un décor diplomatiquement explosif !

Comment La Pagode est-elle devenue un cinéma mythique ?
La Pagode devient un cinéma en 1931, quatre ans seulement après la fin des mondanités. L'ancienne salle de réception, habillée de miroirs et de tentures, accueille 212 fauteuils sans sacrifier son décor oriental. La salle s'affirme vite comme un cinéma dit « d'art et d'essai », c'est-à-dire voué aux œuvres exigeantes, aux versions originales et aux découvertes plutôt qu'aux grosses machines commerciales.
Le lieu attire alors le meilleur du cinéma d'auteur. En 1960, Jean Cocteau choisit justement cette salle pour présenter son Testament d'Orphée. La Nouvelle Vague en fait son écrin : Truffaut, Godard, Chabrol et Rohmer y rencontrent leur public, entre salon de thé et jardin de bambous. En 1973, une seconde salle de 175 places est creusée au sous-sol. Voir un film à La Pagode, c'était déjà sortir à Paris le soir dans ce que la ville a de plus romanesque.
La suite est moins douce. Faute d'entretien, le préfet ordonne la fermeture en 1997. La salle rouvre en 2000, portée par les cinéphiles du quartier. Puis, en novembre 2015, un conflit entre exploitant et propriétaire a raison du lieu. Le rideau tombe.

Quand rouvrira le cinéma La Pagode ?
La réouverture de La Pagode est attendue fin 2026 ou début 2027, après plusieurs reports d'un chantier hors norme. Tout s'est joué en 2017, quand le producteur et magnat américain Charles S. Cohen, fondateur de Cohen Media Group, rachète l'édifice fermé. Son pari : restaurer le monument sans le figer, et rendre au 7e arrondissement son unique cinéma.
Le chantier réunit l'agence Loci Anima, fondée par l'architecte Françoise Raynaud, et Pierre-Antoine Gatier, « architecte en chef des monuments historiques », autrement dit le spécialiste d'État habilité à restaurer les édifices protégés. Le programme est ambitieux : passer de deux à quatre salles, grâce à deux salles neuves creusées en sous-sol, pour environ 440 fauteuils au total. Selon la Région Île-de-France, l'opération améliore aussi l'isolation du bâtiment et prévoit un jardin paysager entièrement replanté. En 2020, l'abattage d'arbres anciens du jardin, dont un ginkgo, avait provoqué une vive polémique : la reconstitution paysagère est donc attendue au tournant.
En fait, le spectacle a déjà commencé. Le toit japonisant réapparaît par endroits derrière les palissades, et la façade s'admire sans billet : une étape de choix si vous cherchez que visiter à Paris gratuitement. Et pour patienter jusqu'à la réouverture, l'été offre d'autres toiles sous les étoiles, du côté du cinéma en plein air à Paris.

Le 7e arrondissement se raconte à l'oreille
La Pagode n'est que la première surprise du quartier. Entre les hôtels particuliers de la rue de Babylone, le Bon Marché et le musée Rodin, chaque façade du 7e a son secret. L'appli Altava Odyssey les glisse à l'oreille : des audioguides pour décoder l'histoire, l'art et l'architecture de Paris, avant le séjour, sur place ou depuis son salon. De quoi arriver devant la pagode de Monsieur Morin en connaissant déjà toute l'affaire.
Le Japon de la rue de Babylone attendra encore un hiver
Cent trente ans après le cadeau de François-Émile Morin, La Pagode s'apprête à rallumer ses lanternes. Le pavillon d'un amour déçu deviendra, une fois encore, une salle où l'on tombe amoureux des images. En attendant la première séance, son histoire s'écoute déjà : Altava Odyssey vous accompagne dans ce Paris de la Belle Époque qui n'a pas fini de surprendre.
FAQ sur le cinéma La Pagode
Quand rouvrira le cinéma La Pagode ?
La réouverture du cinéma La Pagode est attendue fin 2026 ou début 2027. Le chantier de restauration, lancé après le rachat de 2017, a été plusieurs fois prolongé. Aucune date officielle n'est encore gravée dans le marbre : la programmation d'ouverture sera annoncée par Cohen Media Group.
Où se trouve le cinéma La Pagode ?
Le cinéma La Pagode se trouve au 57 bis rue de Babylone, dans le 7e arrondissement de Paris. L'édifice s'élève à l'angle de la rue Monsieur, à dix minutes à pied du Bon Marché et du musée Rodin. Métros les plus proches : Saint-François-Xavier ou Sèvres-Babylone.
Pourquoi le cinéma La Pagode a-t-il fermé ?
La Pagode a fermé en novembre 2015, fragilisée par un conflit entre exploitant et propriétaire. Le bâtiment, usé, exigeait des travaux colossaux. Ce n'était pas la première alerte : le préfet avait déjà fermé la salle en 1997, faute d'entretien, avant une réouverture en 2000.
Qui a construit La Pagode de la rue de Babylone ?
L'architecte Alexandre Marcel a construit La Pagode en 1896, pour François-Émile Morin, directeur du Bon Marché. Le pavillon était un cadeau destiné à l'épouse du commanditaire, passionnée d'art asiatique. Marcel récidivera dans l'orientalisme avec la Tour japonaise de Laeken, commandée par Léopold II près de Bruxelles.
La Pagode est-elle classée monument historique ?
Oui : le jardin est protégé depuis 1983, les façades, la toiture et la grande salle depuis 1990. Cette protection encadre strictement le chantier actuel. Chaque intervention se fait sous le contrôle de Pierre-Antoine Gatier, architecte en chef des monuments historiques.
Peut-on voir La Pagode pendant les travaux ?
Oui, la silhouette de La Pagode reste visible depuis la rue de Babylone, par-dessus les palissades. Le toit japonisant réapparaît déjà par endroits au fil du chantier. L'intérieur demeure fermé au public jusqu'à la réouverture : patience, le spectacle n'en sera que plus fort.
[ IMAGE 7 ] ALT : « Entrée du cinéma La Pagode et végétation de son jardin japonais, rue de Babylone à Paris » | Légende : « Un portail, quelques bambous qui dépassent : la promesse d'un autre monde à dix minutes du Bon Marché. » | Fichier : la-pagode-paris-entree-rue-de-babylone.jpg




Commentaires