Passages couverts de Paris : top 10 et itinéraire à pied
- il y a 3 jours
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En 1850, Paris comptait 150 passages couverts. Aujourd'hui, il n'en reste que 20, concentrés sur la rive droite, entre le Palais-Royal et les Grands Boulevards. Mosaïques signées Facchina, escalier secret de Vidocq, premier éclairage au gaz de la capitale (1816) : ces galeries du XIXe siècle racontent un Paris que les avenues haussmanniennes ont failli effacer. Voici les 10 plus beaux, dans un itinéraire de 4 kilomètres à parcourir en une demi-journée. Découvrez le détail caché que les touristes pressés ratent et les clés pour le décoder comme un historien de l'art. Vous ne regarderez plus une verrière parisienne de la même façon.

Pourquoi les passages couverts existent-ils ?
Au tournant du XIXe siècle, Paris est une ville de boue. Les Romains l'appelaient déjà Lutetia, littéralement « Ville de boue ». Peu de rues sont pavées, presque aucune ne possède de trottoir, et les fiacres éclaboussent les passants à chaque averse. C'est dans ce contexte qu'apparaît une invention urbaine entièrement parisienne : le passage couvert.
Le principe est simple, mais révolutionnaire pour l'époque. On perce une voie piétonne à travers un îlot d'immeubles, on la borde de boutiques, et on la couvre d'une verrière qui filtre la lumière du jour. Le promeneur de la haute bourgeoisie échappe ainsi aux intempéries, à l'agitation et aux odeurs de la rue. La galerie devient un microcosme : commerce de luxe, cafés, restaurants, salles de spectacle.
Le pic se situe entre 1823 et 1847, durant la Restauration et la Monarchie de Juillet. La spéculation foncière qui suit la confiscation des biens du clergé pendant la Révolution permet à des promoteurs privés de racheter de vastes parcelles pour y percer leurs galeries.
La concentration des passages dans 4 arrondissements de Paris (1er, 2e, 9e, 10e) n'est pas un hasard : c'est là que vivait au XIXe siècle la haute bourgeoisie commerçante, le cœur économique de la capitale. Pour comprendre la logique géographique de la ville, consultez notre guide complet des arrondissements de Paris.
Pourquoi ont-ils presque tous disparu ? Deux coupables : les grands boulevards d'Haussmann, qui ouvrent la ville à l'air libre, et les grands magasins (Bon Marché en 1852, Printemps en 1865), qui offrent à eux seuls ce que dix passages réunis proposaient.
Top 10 des passages couverts de Paris à découvrir absolument
1. Passage des Panoramas

133 mètres de verrière, des devantures de bois sombre que personne n'a remplacées depuis le XIXe siècle, un graveur, un salon de thé, l'arrière-scène du théâtre des Variétés en mitoyenneté. Vous êtes dans le passage des Panoramas, dans le 2e arrondissement. Construit en 1799, c'est encore aujourd'hui le plus ancien passage couvert en activité à Paris. Il a survécu à Bonaparte et aux grands travaux de Haussmann.
D'où vient le nom "Panoramas" ?
En 1799, un Américain débarque à Paris avec un brevet sous le bras. Il s'appelle Robert Fulton et il deviendra célèbre pour le bateau à vapeur. Mais à 33 ans, sa première invention est plus inattendue : le panorama, une fresque circulaire à 360° peinte à l'intérieur d'une rotonde. Il en fait construire deux, de 17 mètres de diamètre, accolées au passage qui prendra leur nom. Paris vu des Tuileries, l'évacuation de Toulon, Rome. Les rotondes ont été démolies en 1831 mais le nom est resté.
Le premier éclairage au gaz de Paris (1816)
En 1816, le financier allemand Winsor y installe les tout premiers becs de gaz publics, inventés par Philippe Lebon. Sous la même verrière qu'aujourd'hui.
Levez les yeux à hauteur du n° 47 du passage des Panoramas. La boutique du graveur Stern, devanture en bois de 1834, est classée Monument historique. Au-dessus se trouvait le premier siège de l'Académie Julian, pionnière dans l'accueil des femmes peintres dès 1868, à une époque où les Beaux-Arts les refusaient encore.
📍 Adresse : 11 boulevard Montmartre et 10 rue Saint-Marc, 75002 Paris
🏛️ Construit en 1799-1800 · 133 mètres de long
🚇 Métro le plus proche : Grands Boulevards (lignes 8, 9)
2. Passage Jouffroy

L'enseigne du Musée Grévin à la sortie, la façade de l'Hôtel Chopin, des marches inattendues au milieu d'un couloir vitré. Vous êtes dans le passage Jouffroy, dans le 9e arrondissement, en face du passage des Panoramas. Construit en 1845, c'est le premier passage parisien entièrement réalisé en métal et en verre. Seuls les éléments décoratifs restent en bois. Les comtes Félix de Jouffroy-Gonsans et Verdeau l'ont fait bâtir pour profiter de la popularité de leur voisin. Ils en feront beaucoup plus.
Une révolution technique (1845)
Le passage Jouffroy n'est pas seulement la première galerie marchande entièrement métallique de Paris. Il inaugure aussi une innovation jamais vue dans un passage couvert : un système de chauffage par le sol. À une époque où l'on s'y précipitait surtout pour échapper à la pluie, on pouvait désormais y flâner sans grelotter, même en plein hiver.
Vous remarquerez à mi-parcours un curieux décrochement à angle droit, avec quelques marches à descendre. Ce n'est pas un caprice d'architecte : les terrains achetés présentaient une dénivellation, et les architectes François Destailleur et Romain de Bourges ont préféré ce double « L » plutôt que de niveler le sol. Le tracé en deux segments perpendiculaires est devenu la signature visuelle du passage.
À voir absolument : Musée Grévin et Hôtel Chopin
À la sortie nord, le Musée Grévin (ouvert en 1882) attire chaque année des centaines de milliers de visiteurs vers ses figures de cire. Le passage Jouffroy en est l'entrée naturelle, et son enseigne illumine le passage à la tombée du jour. À droite, l'Hôtel Chopin, ouvert avec le passage en 1846, est l'un des plus anciens hôtels de Paris encore en activité, derrière une façade XIXe restée intacte.
📍 Adresse : 10-12 boulevard Montmartre et 9 rue de la Grange-Batelière, 75009 Paris
🏛️ Construit en 1845-1847 · 140 mètres de long
🚇 Métro le plus proche : Grands Boulevards (lignes 8, 9)
3. Passage Verdeau

Des étals de livres anciens qui débordent sur les pavés, des boutiques de cartes postales et de timbres, une devanture peinte en vert sombre marquée Photo Verdeau. Vous êtes dans le passage Verdeau, dans le 9e arrondissement, à la sortie nord du passage Jouffroy. Ouvert en 1847 par la même compagnie que son voisin, il a longtemps vécu dans l'ombre des Grands Boulevards. Beaucoup moins fréquenté, plus discret. C'est aujourd'hui l'un des meilleurs endroits de Paris pour chiner.
Comment l'Hôtel Drouot a sauvé le passage Verdeau
Le tournant date de 1852. Cette année-là, l'Hôtel Drouot ouvre ses salles de ventes à deux pas du passage. Dans son sillage débarquent des antiquaires, des bouquinistes, des marchands de gravures et de cartes postales anciennes, qui investissent les boutiques de Verdeau. La tradition n'a pas bougé depuis 170 ans. Aujourd'hui encore, vous y trouvez des libraires d'occasion, des galeries de photographies anciennes, des marchands de timbres et d'estampes japonaises. Pas de chaîne, pas de franchise. Que des indépendants installés depuis des décennies.
La verrière en arête de poisson : un piège à lumière
Levez les yeux. La verrière n'est pas plate, comme dans la plupart des passages, mais en double pente, formant une "arête de poisson" qui s'étend sur les 75 mètres du parcours. Ce n'est pas un caprice esthétique. La pente double diffuse une lumière naturelle plus douce et plus égale, sans le contre-jour brutal qu'on observe sous les verrières plates. Ce détail technique a fait du passage Verdeau un lieu prisé des photographes. Au printemps et en début d'après-midi, l'éclairage zénithal y est particulièrement splendide.
📍 Adresse : 6 rue de la Grange-Batelière et 31 bis rue du Faubourg Montmartre, 75009 Paris
🏛️ Construit en 1847 · 75 mètres de long
🚇 Métro le plus proche : Le Peletier (ligne 7)
4. Galerie Vivienne
Une voûte couverte de fresques antiques, des mosaïques au sol qui dessinent des couronnes de laurier, des pilastres ioniques, l'odeur du papier ancien chez le caviste Legrand. Vous êtes Galerie Vivienne, dans le 2e arrondissement de Paris, à deux pas du Palais-Royal. Construite en 1823 et inaugurée en 1826, c'est la plus célèbre des galeries couvertes parisiennes, et celle que la plupart des guides désignent comme la plus belle.

L'histoire commence avec un notaire. Maître Louis-Auguste Marchoux, président de la Chambre des notaires de Paris, rachète plusieurs hôtels particuliers (dont celui de Vanel de Serrant) pour y percer un passage qu'il veut, dit-il, « le plus beau et le plus attractif » de la capitale. Il fait appel à l'architecte François-Jacques Delannoy, formé à l'école de l'Empire. Détail amusant : la galerie est d'abord baptisée « Galerie Marchoux ». Mais le terme « passage » est jugé trop populaire pour la clientèle visée. On lui préfère « galerie », plus distingué, et on la rebaptise « Vivienne » avant même son ouverture officielle.
Décor pompéien et mosaïques signées Facchina
Le décor est de style pompéien néoclassique : pilastres, arcs en plein cintre, corniches, et un programme iconographique entièrement dédié à la gloire du commerce. En levant les yeux, vous reconnaîtrez les caducées de Mercure (attribut du dieu des marchands), les cornes d'abondance, les couronnes de laurier, les ancres marines, les gerbes de blé. Tout un vocabulaire antique mis au service de la réussite bourgeoise du XIXe siècle.
Détail méconnu : les célèbres mosaïques au sol ne datent pas de la construction, mais de 1880. Elles sont signées du mosaïste italien Giandomenico Facchina, l'homme qui réalisa aussi le foyer de l'Opéra Garnier. Sa technique de pré-fabrication en atelier permettait de réduire drastiquement les coûts. C'est cette révolution industrielle qui rendit la mosaïque accessible aux grands chantiers de la Belle Époque.

L'escalier de Vidocq au n° 13
À droite en venant de la rue des Petits-Champs, au n° 13, levez les yeux. Un escalier monumental à rampe en fer forgé monte vers les étages. Il mène à l'appartement où vécut, dans les années 1840, Eugène-François Vidocq, ancien bagnard devenu chef de la Sûreté de Napoléon, puis fondateur de la première agence de détectives privés de l'histoire. Balzac s'en inspira pour Vautrin, Victor Hugo pour Jean Valjean. Deux des plus grands personnages du roman français du XIXe siècle ont leur racine dans cet appartement.
Le secret architectural de la rotonde
Au cœur de la galerie, vous traversez une rotonde à coupole hémisphérique en verre. Elle paraît purement décorative. C'est tout l'inverse. Elle dissimule en réalité un changement d'axe entre la grande galerie et la petite, contrainte due au plan coudé des parcelles que Marchoux avait achetées. L'astuce architecturale est devenue le joyau du lieu.
📍 Adresse : 4 rue des Petits-Champs et 6 rue Vivienne, 75002 Paris
🏛️ Construite en 1823, inaugurée en 1826 · 176 mètres de long
🚇 Métro le plus proche : Bourse (ligne 3)
5. Galerie Colbert
Une rotonde monumentale surmontée d'une coupole de verre, une statue d'Eurydice mourante au centre, pas une seule boutique en vue, et le silence des couloirs d'une bibliothèque universitaire. Vous êtes Galerie Colbert, dans le 2e arrondissement, à quelques mètres de la Galerie Vivienne. Construite en 1826, son architecture est l'une des plus abouties de toutes les galeries couvertes parisiennes. Et c'est aussi la grande perdante de leur histoire.

Vivienne contre Colbert : la guerre des galeries jumelles
L'histoire de ces deux galeries est celle d'une concurrence acharnée. Le propriétaire de la Vivienne, Maître Marchoux, avait racheté et dévié le passage des Deux-Pavillons pour drainer la clientèle du Palais-Royal jusqu'à son entrée. Le propriétaire de la Colbert riposte en ouvrant à son tour un passage, plus grand, plus monumental. Bataille de promoteurs en règle.
Architecturalement, la Colbert l'emporte. Sa rotonde abrite une statue centrale représentant Eurydice mourante, signée Charles-François Nanteuil-Lebœuf. Le décor est plus pur, plus classique, plus solennel. Mais elle perdit la guerre commerciale. Vivienne était plus gaie, plus animée, et finit par capter l'essentiel de la clientèle.
Aujourd'hui, plus aucune boutique. La Galerie Colbert a été rachetée par la Bibliothèque nationale de France et abrite l'Institut national d'histoire de l'art ainsi que plusieurs laboratoires de recherche. La galerie marchande s'est métamorphosée en cloître universitaire silencieux.
L'épisode Berlioz : La Marseillaise sous la coupole (1830)
L'anecdote qui hante la Galerie Colbert est l'une des plus belles de la musique française. Quelques jours après les Trois Glorieuses de juillet 1830, le jeune compositeur Hector Berlioz, alors âgé de 26 ans, se retrouve emporté par la foule jusqu'à la galerie. Une commerçante l'invite à monter au premier étage. De là, surplombant la rotonde, Berlioz dirige une interprétation spontanée de La Marseillaise devant des milliers de Parisiens massés sous la coupole. Submergé par l'émotion, il s'évanouit dans un coin, raconte-t-il dans ses Mémoires. L'épisode contribua à réhabiliter l'hymne comme chant révolutionnaire, après quarante ans d'interdiction sous l'Empire et la Restauration.
📍 Adresse : 6 rue des Petits-Champs et 2 rue Vivienne, 75002 Paris
🏛️ Construite en 1826
🚇 Métro le plus proche : Bourse (ligne 3)
6. Galerie Véro-Dodat
Un dallage de marbre noir et blanc en losanges qui semble s'étirer à l'infini, un plafond à caissons peints, des devantures uniformisées en bois sombre rehaussé d'or, et au n° 19 la vitrine de Christian Louboutin. Vous êtes Galerie Véro-Dodat, dans le 1er arrondissement, entre le Palais-Royal et le Louvre. Construite en 1826, elle est restée l'une des plus chics galeries marchandes de Paris.

Deux charcutiers à l'origine d'un manifeste du luxe
L'histoire ne manque pas d'ironie. En 1826, deux charcutiers prospères, Vérot et Dodat, décident de placer leur fortune dans une galerie marchande de prestige, entre les Halles (où ils ont bâti leur fortune) et le Palais-Royal (où vit la clientèle qu'ils visent). Pour rivaliser avec les galeries de luxe des Grands Boulevards, ils ne reculent devant rien : sol en dallage de marbre noir et blanc en losanges, plafond à caissons peints, devantures uniformisées, miroirs, boiseries dorées. La Véro-Dodat devient en quelques années l'un des passages les plus luxueux de la capitale, à égalité avec la Vivienne.
Très fréquentée par Alfred de Musset dans les années 1830, la Galerie Véro-Dodat abrite aujourd'hui l'atelier-boutique de Christian Louboutin, le créateur des semelles rouges. Deux cents ans après les charcutiers, le passage reste un manifeste du luxe parisien.
Le secret du dallage : une illusion d'optique au sol
Vous remarquerez en regardant le sol la trame diagonale du dallage. Ce n'est pas un effet du hasard : c'est une perspective forcée qui allonge visuellement le passage et fait paraître les boutiques plus profondes qu'elles ne le sont. Les architectes ont volontairement orienté les losanges pour donner l'illusion d'une galerie deux fois plus longue qu'elle ne l'est. Un effet d'optique subtil, invisible à la majorité des passants, qui change tout dès qu'on l'a vu.
📍 Adresse : 19 rue Jean-Jacques-Rousseau et 2 rue du Bouloi, 75001 Paris
🏛️ Construite en 1826 · 80 mètres de long
🚇 Métro le plus proche : Palais Royal – Musée du Louvre (lignes 1, 7)
7. Passage Choiseul
190 mètres sous une verrière restaurée, des boutiques modernes alternant avec des façades néoclassiques d'origine, et tout au bout l'entrée du Théâtre des Bouffes-Parisiens. Vous êtes dans le passage Choiseul, dans le 2e arrondissement, l'un des plus longs passages couverts de Paris. Construit en 1827, c'est aussi l'un des plus chargés en mémoire littéraire et musicale de la capitale.

La librairie Lemerre et les poètes parnassiens
Au XIXe siècle, le passage Choiseul abritait la librairie d'Alphonse Lemerre, l'éditeur de référence des poètes parnassiens. C'est ici que furent publiés Leconte de Lisle, Verlaine, Mallarmé, José-Maria de Heredia et tant d'autres grands noms de la poésie française de la fin du XIXe siècle. Tout ce que Paris comptait de plumes en vue passait par cette adresse. La célèbre anthologie Le Parnasse contemporain, qui donnera son nom au mouvement, y paraît en trois livraisons : 1866, 1871 et 1876.
Céline et "Mort à crédit" : l'enfance noire dans le passage
L'écrivain Louis-Ferdinand Céline a passé son enfance dans le passage Choiseul. Sa mère y tenait une boutique de dentelles, dans les années 1900. Trente ans plus tard, dans Mort à crédit (1936), il en livre une description hallucinée et étouffante, où le passage devient un univers de bruits, d'odeurs et de fureur familiale. Le contraste est saisissant avec le passage rénové qu'on parcourt aujourd'hui : entièrement restauré en 2013 après des décennies de déclin, le Choiseul a retrouvé ses verrières et ses devantures d'origine.
Le Théâtre des Bouffes-Parisiens
Au bout sud du passage, le Théâtre des Bouffes-Parisiens fait encore vivre la galerie tous les soirs. Jacques Offenbach en prend la direction artistique en 1855 et y crée la plupart de ses premiers opéras-bouffes, dont Orphée aux enfers en 1858. La salle est l'un des berceaux de l'opérette parisienne, ce genre qui définira la musique populaire de la Belle Époque.
📍 Adresse : 23 rue Saint-Augustin et 40 rue des Petits-Champs, 75002 Paris
🏛️ Construit en 1827 · 190 mètres de long
🚇 Métro le plus proche : Quatre-Septembre (ligne 3)
8. Passage du Grand-Cerf
Levez les yeux. Au-dessus de vous, une verrière à 11,80 mètres du sol, trois niveaux d'élévation, et des fenêtres habitées au dernier étage. Vous êtes dans le passage du Grand-Cerf, dans le 2e arrondissement, à deux pas du quartier de Montorgueil. Construit en 1825, c'est le plus haut passage couvert de Paris, un record que peu de visiteurs connaissent.

Du relais des Messageries royales au passage couvert
Le nom vient de l'ancienne maison de roulage du Grand-Cerf, le terminus des diligences des Messageries royales pour la Bourgogne et le Lyonnais. C'est ici qu'arrivaient les voyageurs venant du sud de la France. En 1825, le bâtiment est démoli pour percer le passage actuel. La nouvelle galerie hérite du nom et de l'agitation commerciale du relais qui l'a précédée.
Une structure métallique qui annonce la tour Eiffel
Regardez à nouveau la verrière. La structure métallique du passage est exceptionnellement aérienne pour son époque. À une période où l'on construisait encore principalement en pierre de taille, le Grand-Cerf préfigure déjà le métal des gares du Second Empire et de la tour Eiffel : poutrelles fines, ossature visible, lumière naturelle abondante par les flancs. Soixante-quatre ans avant Gustave Eiffel, les architectes du Grand-Cerf testent ici une grammaire architecturale qui définira la fin du XIXe siècle parisien.
Vendu à l'origine à l'artisanat et aux ateliers, le passage abrite aujourd'hui des créateurs indépendants : bijoux contemporains, décoration, design d'auteur, mode. Vous y trouverez une atmosphère bien différente du chic néoclassique de la Vivienne.
📍 Adresse : 145 rue Saint-Denis et 8 rue Dussoubs, 75002 Paris
🏛️ Construit en 1825 · 120 mètres de long · 11,80 mètres de hauteur
🚇 Métro le plus proche : Étienne Marcel (ligne 4)
9. Passage du Caire
Des rouleaux de tissu empilés contre les murs, des mannequins de vitrine alignés, l'agitation des grossistes du Sentier, et au-dessus de l'entrée trois têtes de la déesse égyptienne Hathor. Vous êtes dans le passage du Caire, dans le 2e arrondissement, à la lisière du quartier du Sentier. Construit en 1798, c'est à la fois le plus ancien passage couvert encore existant à Paris (antérieur d'un an au passage des Panoramas) et le plus long de la capitale, avec ses 370 mètres.

Quand Bonaparte rapporte l'Égypte en façade
Son nom célèbre la campagne d'Égypte de Bonaparte, lancée en 1798, l'année même de sa construction. L'engouement « égyptomane » qui suit l'expédition se retrouve directement dans l'architecture du passage. Levez les yeux à l'entrée place du Caire : trois têtes de la déesse Hathor ornent la façade, surmontées d'un fronton inspiré de l'iconographie pharaonique. À l'intérieur, vous remarquerez les pilastres égyptisants aux chapiteaux à motifs lotiformes, mêlés à des éléments du dorique grec. Cette hybridation néo-égyptienne est probablement unique parmi les passages parisiens.
Du commerce de détail au temple du textile parisien
Le passage du Caire est aujourd'hui le rendez-vous des grossistes du prêt-à-porter. Si vous y entrez en semaine, vous verrez des rouleaux de tissu, des mannequins de vitrine et des cartons partout. Ce n'est pas un hasard. Depuis le XIXe siècle, la principale industrie du passage est la fabrication de mannequins pour vitrines. La filière textile ne l'a jamais quitté, et le Sentier alentour en est la prolongation naturelle.
Contrairement aux autres passages, le Caire ne cherche pas l'opulence. Pas de mosaïques, pas de moulures dorées. Mais une ambiance brute, populaire, parisienne au sens le plus authentique.
📍 Adresse : 2 place du Caire et 239 rue Saint-Denis, 75002 Paris
🏛️ Construit en 1798 · 370 mètres de long
🚇 Métro le plus proche : Sentier (ligne 3)
10. Passage Brady : Little India sous verrière
Une odeur de cardamome, de safran et de coriandre, des vitrines couvertes de pâtisseries indiennes, des saris dorés en devanture, une vingtaine de restaurants indo-pakistanais alignés sous une verrière du XIXe siècle. Vous êtes dans le passage Brady, dans le 10e arrondissement, le passage couvert le plus dépaysant de Paris. Construit en 1828, c'est un cas unique dans le paysage des passages parisiens.

Le passage amputé par Haussmann (1854)
L'histoire commence avec un commerçant nommé Brady, qui fait percer le passage en 1828 pour relier la rue du Faubourg-Saint-Denis à la rue du Faubourg-Saint-Martin. Vingt-six ans plus tard, le baron Haussmann lance le percement du boulevard de Strasbourg. La nouvelle avenue traverse en plein milieu le passage Brady, qui se retrouve amputé de sa partie centrale en 1854. Aujourd'hui, seule la portion ouest, entre la rue du Faubourg-Saint-Denis et le boulevard de Strasbourg, conserve sa verrière d'origine. C'est l'un des rares passages couverts de Paris à porter physiquement la cicatrice des grands travaux haussmanniens.
Little India : le passage le plus dépaysant de Paris
Depuis les années 1970-1980, le passage Brady est surnommé « Little India ». Il concentre l'une des plus importantes communautés indienne, pakistanaise, sri-lankaise, bangladaise et mauricienne de Paris. Une vingtaine de restaurants et d'épiceries spécialisées s'y succèdent : currys, dosas, biryanis, masalas, pâtisseries au lait de coco, sweets bengalais. Aucun autre passage couvert parisien n'offre cette épaisseur culturelle.
Le contraste avec la Galerie Vivienne, à deux kilomètres à vol d'oiseau, est total. Et c'est précisément ce qui rend la promenade des passages parisiens si dépaysante. Chaque galerie raconte une époque, mais aussi une géographie.
📍 Adresse : 46 rue du Faubourg-Saint-Denis et 33 boulevard de Strasbourg, 75010 Paris
🏛️ Construit en 1828
🚇 Métro le plus proche : Strasbourg-Saint-Denis (lignes 4, 8, 9)
Itinéraire à pied : explorer 10 passages couverts en une demi-journée
Voici l'enchaînement le plus logique pour parcourir les 10 passages à pied, sans revenir sur vos pas. Distance totale : environ 4,5 km · Durée : 3 à 4 heures avec les pauses.
Départ : Métro Le Peletier (ligne 7)
Passage Verdeau, 31 bis rue du Faubourg Montmartre, 75009 Paris
Passage Jouffroy, 10-12 boulevard Montmartre, 75009 Paris
Passage des Panoramas, 11 boulevard Montmartre, 75002 Paris
Galerie Colbert, 6 rue des Petits-Champs, 75002 Paris
Galerie Vivienne, 4 rue des Petits-Champs, 75002 Paris
Passage Choiseul, 40 rue des Petits-Champs, 75002 Paris
Galerie Véro-Dodat, 2 rue du Bouloi, 75001 Paris
Passage du Grand-Cerf, 145 rue Saint-Denis, 75002 Paris
Passage du Caire, 2 place du Caire, 75002 Paris
Passage Brady, 46 rue du Faubourg-Saint-Denis, 75010 Paris
Arrivée : Métro Strasbourg-Saint-Denis (lignes 4, 8, 9)
Voici l'itinéraire complet tracé sur Google Maps, avec les 10 passages numérotés dans l'ordre de la visite à pied :
Cliquez sur les marqueurs pour voir le nom de chaque passage. Cliquez sur "Itinéraire" pour ouvrir la balade dans l'application Google Maps de votre téléphone.
Pause déjeuner conseillée : à mi-parcours, après la Galerie Vivienne. Le caviste Legrand, le salon de thé A Priori Thé ou les terrasses de la rue Vivienne sont parfaits pour reprendre son souffle.
Conseils pratiques pour la visite
Quand y aller ? En semaine, en milieu de matinée ou en début d'après-midi : la lumière zénithale traverse les verrières dans toute sa beauté. Évitez le dimanche : la plupart des passages sont fermés ou très calmes.
Horaires d'ouverture : la plupart des passages ouvrent vers 7-8h et ferment entre 20h et minuit. Mais les boutiques fonctionnent surtout sur des horaires 10h-19h, du lundi au samedi.
Tenue : chaussures confortables. Le marbre, les pavés et les dallages anciens sont glissants par temps de pluie.
Photographie : autorisée partout, mais certains commerçants n'apprécient pas. Soyez discret, ne photographiez pas les vitrines de très près sans demander.
FAQ : Tout ce qu'il faut savoir sur les passages couverts de Paris
Combien reste-t-il de passages couverts à Paris aujourd'hui ?
Sur les 150 passages que comptait la capitale au milieu du XIXe siècle, il en reste une vingtaine ouverts au public, presque tous concentrés sur la rive droite, entre les 1er, 2e, 9e et 10e arrondissements. Le Centre des monuments nationaux en recense précisément 17 encore en activité commerciale.
Quel est le plus ancien passage couvert de Paris ?
Le passage du Caire, construit en 1798. Le passage des Panoramas suit en 1799 et reste le plus ancien à avoir conservé son aspect d'origine. Les galeries de bois du Palais-Royal (1786) sont considérées comme le prototype, mais elles ont été démolies au XIXe siècle.
Quel est le plus beau passage couvert de Paris ?
Tous les guides s'accordent sur la Galerie Vivienne (1823-1826), pour son décor pompéien néoclassique, ses mosaïques de Facchina et sa rotonde à coupole. Mais la Galerie Colbert, juste à côté, est sans doute la plus pure architecturalement parlant.
Quel est le plus long passage couvert de Paris ?
Le passage du Caire, avec ses 370 mètres. À titre de comparaison, la Galerie Vivienne fait 176 mètres et le passage des Panoramas 133 mètres.
Combien de temps pour visiter tous les passages couverts ?
Comptez 3 à 4 heures pour parcourir les 10 passages présentés dans cet itinéraire, en marchant à un rythme tranquille et en s'arrêtant pour observer les détails architecturaux. Si vous voulez prendre le temps de chiner chez les antiquaires du Verdeau ou de déjeuner en chemin, prévoyez une journée complète.
Cette balade de 4,5 km s'intègre parfaitement dans un séjour plus large : voir notre itinéraire Paris en 3 jours pour un premier séjour pour compléter votre découverte de la capitale.
Les passages couverts sont-ils gratuits ?
Oui, l'accès est entièrement libre et gratuit. Ce sont des voies privées à circulation publique, ouvertes pendant les heures de boutique. Seuls les commerces, restaurants et musées (Musée Grévin notamment) sont payants.
Pour aller plus loin avec Altava Odyssey
Les passages couverts sont l'un des plus beaux exemples de ce que Paris a inventé pour son propre confort urbain. Architecture verrière, fer forgé, mosaïques de Facchina, programme iconographique du commerce… chaque galerie réserve des dizaines de détails que l'œil non averti ne perçoit pas.
Téléchargez l'application Altava Odyssey pour écouter, devant chaque verrière, les podcasts dédiés. Vous y apprendrez à décrypter les caducées de Mercure, à reconnaître les pilastres égyptisants du Caire, à repérer l'astuce architecturale de la rotonde Vivienne. L'application est gratuite et fonctionne hors-ligne — idéal pour une journée de marche dans Paris.




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