top of page

Architecture beaux-arts : 6 monuments à décoder à Paris

  • 10 juil.
  • 7 min de lecture

Entre 1860 et 1900, Paris s'est offert une garde-robe de pierre : colonnes jumelées, allégories sculptées, verrières triomphales. Ce vocabulaire ostentatoire porte un nom, l'architecture beaux-arts, et il se lit comme un code une fois la grille en main. Voici six monuments où ce style donne sa pleine mesure, et les indices pour le repérer partout ailleurs. Notre appli Altava Odyssey les raconte à l'oreille, avant un séjour, pendant une flânerie ou loin de Paris.


Dôme et renommées dorées du Petit Palais, exemple d'architecture beaux-arts à Paris
Le Petit Palais, élevé pour l'Exposition universelle de 1900, déploie le style beaux-arts dans toute sa théâtralité dorée.


Qu'est-ce que l'architecture beaux-arts ?


Le style beaux-arts est une architecture académique née à Paris, enseignée à l'École des Beaux-Arts et en vogue de 1860 à 1920 environ. Il mêle la symétrie monumentale héritée de l'Antiquité, les ordres gréco-romains et un décor sculpté foisonnant.

Le nom vient de l'institution elle-même. L'École des Beaux-Arts de Paris, héritière de l'Académie royale fondée en 1671, formait les architectes à un idéal : composer des édifices clairs, hiérarchisés, couronnés de gloire. Son concours suprême était le « prix de Rome », c'est-à-dire la bourse d'étude la plus convoitée, qui offrait plusieurs années d'étude des ruines antiques à la Villa Médicis.

Ainsi formés, ces architectes ont essaimé jusqu'aux gares de New York et aux mairies d'Amérique. Le style relit l'Antiquité comme le faisait déjà l'architecture classique, mais en plus théâtral, en plus chargé. C'est à Paris, sa ville natale, qu'il se donne le mieux à comprendre.



Comment reconnaître le style beaux-arts ?


Cinq indices suffisent à l'identifier, du trottoir comme en photo. Une fois repérés, ils ne trompent plus.

  • La symétrie monumentale. Un axe central commande la façade ; chaque élément de gauche répond à son jumeau de droite.

  • Le décor sculpté foisonnant. Guirlandes, mascarons et « allégories », c'est-à-dire des figures qui personnifient une idée comme la Ville ou les Saisons, couvrent la pierre.

  • Les ordres antiques relus. Colonnes souvent jumelées, ou « colossales » quand un même fût traverse plusieurs étages.

  • Le couronnement théâtral. Frontons, balustrades, coupoles, parfois un « quadrige », ce char tiré par quatre chevaux de front hissé au sommet.

  • L'alliance pierre et fer. La pierre de taille noble habille une ossature moderne de fer et de verre.

Cette dernière alliance court tout le XIXe siècle. On la retrouve déjà sous les verrières des passages couverts de Paris, avant qu'elle ne s'affiche en grand sur les palais de 1900.




Le Palais Garnier : l'acte fondateur du style (1875)


L'Opéra de Charles Garnier a posé la grammaire du beaux-arts avant l'heure. Inauguré le 5 janvier 1875, il naît d'un concours lancé en 1861, où le jeune Garnier, alors inconnu, l'emporte sur plus de 170 rivaux.

La légende rapporte un échange avec l'impératrice Eugénie, déconcertée par ce mélange de marbres et de dorures. « De quel style est-ce donc ? » Et Garnier de répondre : « C'est du Napoléon III, Madame. »

Sur la façade, le groupe « La Danse » de Jean-Baptiste Carpeaux fit scandale dès 1869 : une nuit, un inconnu jeta une bouteille d'encre sur ses nymphes jugées trop sensuelles. Rigoureusement, ce foisonnement relève encore du Second Empire éclectique. Mais il fixe le goût, et l'École en fera bientôt sa doctrine. Le décor avait trouvé son manifeste.



Façade du Palais Garnier, manifeste du style beaux-arts à Paris
Inauguré en 1875, l'Opéra de Charles Garnier impose le vocabulaire ostentatoire qui définira le beaux-arts.


Le Grand Palais : un manifeste de pierre et de verre (1900)


Le Grand Palais oppose une façade de pierre antique à une nef de fer et de verre. Élevé pour l'Exposition universelle de 1900, il fut conçu par Henri Deglane, Albert Louvet et Albert Thomas, sous la direction de Charles Girault.

Sa grande nef s'étire sur 240 mètres, portée par une charpente métallique de quelque 6 000 tonnes d'acier, dressée en moins de trois ans. La pierre académique au-dehors, la modernité industrielle au-dedans : tout le style tient dans ce contraste.

À chaque angle du toit, un « quadrige » de bronze, ce char à quatre chevaux, semble s'arracher au vide. Œuvres de Georges Récipon posées en 1900, les chevaux furent sculptés si près du bord que les passants les crurent prêts à bondir dans la Seine. Le contraste avec les immeubles sages du Paris d'Haussmann tout proche dit assez l'ambition du lieu.


Colonnade et verrière du Grand Palais, architecture beaux-arts de pierre et de fer
Le Grand Palais, dressé pour l'Exposition de 1900, marie la colonnade antique à une nef de verre et d'acier.

Le Petit Palais : l'élégance d'une cour ovale (1900)


Le Petit Palais s'organise autour d'une cour-jardin en demi-cercle. Œuvre du seul Charles Girault, il fut livré lui aussi pour l'Expo de 1900, juste en face de son grand frère.

Une galerie de colonnes, un « péristyle », c'est-à-dire un portique qui ceinture la cour, ouvre sur un jardin planté de palmiers. Girault, primé pour ce bâtiment, devint si recherché qu'on l'appela jusqu'à Bruxelles pour les grands chantiers du roi Léopold II.

Le palais abrite aujourd'hui le musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, gratuit pour ses collections permanentes. De quoi le glisser dans un itinéraire pour visiter Paris en un jour à pied. L'écrin valait bien la collection.



Péristyle en demi-cercle du Petit Palais, joyau du style beaux-arts parisien
La cour-jardin du Petit Palais déroule un péristyle ovale, colonnes jumelées et guirlandes dorées.

Le Pont Alexandre III : le beaux-arts en plein air (1900)


Le pont Alexandre III est une page de beaux-arts jetée sur la Seine. Sa première pierre fut posée en octobre 1896 par le tsar Nicolas II, en gage de l'alliance franco-russe ; il porte le nom de son père, Alexandre III.

Son arche unique d'acier, « surbaissée », c'est-à-dire volontairement aplatie, franchit 107 mètres sans masquer la perspective des Invalides. Une prouesse pensée pour ne rien voler à la vue.

Aux quatre coins, des pylônes dorés de 17 mètres portent des « Renommées » ailées. Ce que peu de promeneurs savent : leur or n'est pas que parure. Ces piliers massifs équilibrent la poussée de l'arche surbaissée. L'ornement, ici, fait office de contrepoids.



Arche surbaissée et renommée dorée du Pont Alexandre III, beaux-arts en plein air
Lancé d'une seule arche métallique en 1900, le Pont Alexandre III porte le beaux-arts au-dessus de la Seine.


La gare d'Orsay : quand une gare se fait palais (1900)


Victor Laloux déguisa une gare en palais pour ne pas offenser le Louvre d'en face. Inaugurée le 14 juillet 1900 pour desservir l'Exposition, la gare d'Orsay cachait sa charpente de fer sous une façade de pierre claire, rythmée de grandes arcades.

Dès 1939, ses quais trop courts pour les trains modernes la condamnent. Elle faillit être démolie, avant de renaître en musée le 1er décembre 1986. Derrière la grande horloge transparente de l'ancienne salle des pas perdus, tout Paris se découpe en ombre chinoise.

Sur la rive gauche, le bâtiment dialogue de loin avec les Tuileries, palais répondant à palais. La gare avait gagné son musée.


Façade de l'ancienne gare d'Orsay sur la Seine, architecture beaux-arts devenue musée
Victor Laloux déguisa la gare d'Orsay en palais dès 1900 ; elle abrite le musée d'Orsay depuis 1986.

La gare de Lyon : le beaux-arts ferroviaire et Le Train Bleu (1901)


La gare de Lyon cache un restaurant classé monument historique. Élevée par Marius Toudoire pour l'Expo de 1900 et achevée en 1901, elle dresse un « beffroi », c'est-à-dire une tour de guet, ici réduite au rôle d'horloge monumentale de 64 mètres.

À l'étage, le buffet inauguré en 1901 par le président Émile Loubet, rebaptisé « Le Train Bleu » en 1963, aligne 41 toiles peintes des villes du réseau ferroviaire, dorures à la feuille comprises. Un décor digne des plus beaux tableaux sur Paris.

Décor et façades sont classés au titre des monuments historiques depuis 1972. Un quai, et soudain un palais.



Salle dorée du Train Bleu à la gare de Lyon, décor beaux-arts ferroviaire
Le Train Bleu, buffet de la gare de Lyon ouvert en 1901 et classé monument historique, peint le Sud sous ses ors.


Le beaux-arts à écouter, façade par façade


Chacun de ces monuments porte un récit que la pierre seule ne livre pas. L'appli Altava Odyssey déroule ces histoires à l'oreille, que l'on prépare un séjour, que l'on flâne ou que l'on écoute depuis son canapé. De quoi décoder une allégorie ou un fronton sans rien laisser au hasard.


Beffroi et horloge de la gare de Lyon, campanile de style beaux-arts
Le beffroi de la gare de Lyon, achevé pour l'Exposition de 1900, emprunte son horloge monumentale au campanile italien.

Lire Paris comme une partition


Le style beaux-arts n'est pas un décor gratuit : c'est une langue, faite de symétries, d'allégories et d'ordres antiques. Une fois les cinq indices en tête, une façade cesse d'être muette. Chaque quadrige, chaque cartouche raconte la ville qui rêvait de gloire en 1900. Pour remonter aux sources de ce goût français, notre podcast d'histoire de France prolonge l'écoute.


FAQ sur l'architecture beaux-arts


Qu'est-ce que le style beaux-arts ?

Le style beaux-arts est une architecture académique née à Paris au XIXe siècle. Enseigné à l'École des Beaux-Arts, il associe symétrie monumentale, ordres gréco-romains et décor sculpté abondant. En vogue de 1860 à 1920, il a couronné la capitale de palais et de gares somptueuses.


Comment reconnaître l'architecture beaux-arts ?

Cherchez la symétrie, le décor sculpté et l'alliance de la pierre et du fer. Une façade beaux-arts s'ordonne autour d'un axe central, se couvre d'allégories et de guirlandes, puis se couronne de frontons ou de quadriges. Le verre et l'acier s'y cachent souvent sous la pierre.


Quand le style beaux-arts est-il apparu ?

Le style s'impose entre 1860 et 1900, sous le Second Empire puis la IIIe République. Le Palais Garnier, inauguré en 1875, en pose le ton. L'Exposition universelle de 1900 marque son apogée, avec le Grand Palais, le Petit Palais et le pont Alexandre III.


Où voir l'architecture beaux-arts à Paris ?

Le quartier de l'Exposition de 1900 en concentre l'essentiel. Grand Palais, Petit Palais et pont Alexandre III se répondent autour des Champs-Élysées. La gare d'Orsay, devenue musée, et la gare de Lyon complètent le parcours, toutes deux nées pour la même Exposition.


Pourquoi parle-t-on de style « beaux-arts » ?

Le nom vient de l'École des Beaux-Arts de Paris, où ces architectes furent formés. Héritière d'une académie fondée en 1671, l'école imposait un idéal de composition savante. Le terme désigne donc moins un décor qu'une méthode, exportée jusqu'aux États-Unis.


Quelle différence entre style beaux-arts et style haussmannien ?

Le haussmannien aligne des immeubles sobres, le beaux-arts compose des monuments d'apparat. L'un règle la rue, avec ses balcons filants et sa pierre crème. L'autre théâtralise un édifice unique, gare, palais ou opéra, sous une avalanche de sculptures.


À lire aussi




À écouter


Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
bottom of page