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Chapelle de la Médaille Miraculeuse : le secret le mieux gardé de la rue du Bac

  • 10 août
  • 6 min de lecture

Deux millions de visiteurs par an. L'un des dix lieux culturels les plus fréquentés de la capitale. Et pourtant, la plupart des passants de la rue du Bac ignorent son existence. La Chapelle de la Médaille Miraculeuse se cache au fond d'une cour, à deux pas du Bon Marché, derrière une simple porte d'immeuble. Voici ce que ce sanctuaire discret raconte, et pourquoi il mérite le détour.


Mosaïque dorée de la Chapelle de la Médaille Miraculeuse à Paris, avec la colombe du Saint-Esprit entourée d'anges
La colombe du Saint-Esprit en mosaïque d'or, au-dessus de l'autel de la chapelle.

Pourquoi cette chapelle est-elle si difficile à trouver ?


Rien ne la signale depuis la rue. L'accès se fait par une « porte cochère », c'est-à-dire le grand portail par lequel passaient autrefois les voitures à cheval, au numéro 140. Une allée bordée de statues conduit ensuite à la chapelle, invisible du trottoir.


Le contraste est saisissant. En décembre 2025, Le Monde consacrait un article à cette « chapelle presque inconnue » qui attire pourtant des millions de touristes. Le sanctuaire appartient à la Maison des Filles de la Charité, encastré entre les boutiques chic du 7e arrondissement. On passe devant sans le voir. Ce camouflage n'a rien d'un hasard. Le lieu reste avant tout un espace de prière, pas un décor à touristes. Il rejoint la longue liste des adresses du Paris insolite, ces curiosités qu'on ne trouve qu'en sachant qu'elles existent. Comme souvent avec les églises méconnues de Paris, la discrétion fait tout le charme.



Que s'est-il passé rue du Bac en 1830 ?


Trois apparitions mariales, rapportées par une jeune novice. En avril 1830, Catherine Labouré arrive au couvent de la rue du Bac pour son noviciat. Elle a 24 ans. C'est une « Fille de la Charité », c'est-à-dire une religieuse de la congrégation fondée au 17e siècle par saint Vincent de Paul et sainte Louise de Marillac pour servir les pauvres et les malades.


Dans la nuit du 18 juillet 1830, elle raconte avoir été réveillée par un enfant qui la conduit à la chapelle. La Vierge y serait apparue une première fois. Le 27 novembre, une deuxième vision lui aurait demandé de faire frapper une médaille. Une troisième, en décembre, referme la série.


Catherine confie tout à son confesseur, le père Aladel. Longtemps, son identité restera secrète, presque jusqu'à sa mort. L'Église n'a jamais ouvert d'enquête canonique formelle sur ces apparitions, mais elle a encouragé la dévotion qui en est née. Le récit, lui, ne repose que sur le témoignage de la religieuse.



Chœur de la Chapelle de la Médaille Miraculeuse rue du Bac, avec la Vierge et l'invocation de 1830 inscrite sur l'arc
Au-dessus de l'autel, l'invocation dictée en 1830 court le long de l'arc du chœur.

Qu'est-ce que la Médaille Miraculeuse, exactement ?


Une médaille frappée en 1832, très vite surnommée « miraculeuse ». La Médaille Miraculeuse est une petite médaille catholique, née des visions de Catherine Labouré et d'abord nommée « médaille de l'Immaculée Conception ». La piété populaire lui donne son surnom en raison des guérisons qu'on lui attribue.


Le contexte compte. En 1832, Paris est ravagé par une épidémie de choléra. La médaille se diffuse d'abord auprès des malades, avec l'autorisation de Mgr de Quélen, archevêque de Paris. Le succès est foudroyant : en quelques années, plusieurs millions d'exemplaires circulent dans le monde. Un chiffre fou !


Sur l'avers, Marie se tient debout sur un globe, des rayons jaillissant de ses mains. Autour court l'invocation « Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ». Au revers, un grand M surmonté d'une croix, deux cœurs, et douze étoiles. Ces douze étoiles auraient d'ailleurs inspiré, un siècle plus tard, le dessinateur du drapeau européen.



Statue de saint Joseph portant l'Enfant sur fond de mosaïque bleue, dans la Chapelle de la Médaille Miraculeuse à Paris
Saint Joseph à l'Enfant, sur fond de mosaïque bleue, l'un des décors nés de la ferveur des pèlerins.

Pourquoi le corps de Catherine Labouré est-il intact ?


Parce qu'il fut retrouvé intact en 1933. Catherine Labouré meurt le 31 décembre 1876. Cinquante-sept ans plus tard, le 21 mars 1933, on ouvre son cercueil en vue de sa béatification, et le corps apparaît remarquablement conservé. On parle d'un « corps incorrompu », c'est-à-dire qui a échappé à la décomposition naturelle.


La dépouille est nettoyée, revêtue de l'habit des Filles de la Charité, puis placée dans une « châsse », ce coffret vitré qui abrite les reliques d'un saint. On peut la voir aujourd'hui à droite de l'autel, sous la statue de la Vierge au globe. Catherine est béatifiée en 1933 par Pie XI, puis canonisée en 1947 par Pie XII.


Ce que peu de visiteurs savent, c'est qu'elle n'est pas seule. La chapelle abrite aussi le corps de sainte Louise de Marillac, cofondatrice des Filles de la Charité, ainsi que le cœur de saint Vincent de Paul. Trois grandes figures du 17e siècle réunies dans une même nef. Pour qui aime les lieux de mémoire, l'écho avec une visite du Père-Lachaise n'est jamais loin.



Vitrail représentant Catherine Labouré en cornette de Fille de la Charité, liée à la Chapelle de la Médaille Miraculeuse
Catherine Labouré en vitrail, la novice qui garda le secret des apparitions presque jusqu'à sa mort.

Que faut-il regarder une fois à l'intérieur ?


Deux statues et un décor pensés pour la vision de 1830. Au-dessus du maître-autel trône la « Vierge aux rayons », qui reprend l'attitude décrite par Catherine. Dans la nef, la « Vierge au globe » montre Marie tenant le monde entre ses mains. Ces deux images traduisent en pierre le récit des apparitions.


L'architecture, elle, raconte l'affluence. La chapelle privée du couvent date de 1815. Devant le flux des pèlerins, l'architecte Gallois l'agrandit en 1849 d'un « bas-côté », cette nef latérale qui borde la nef centrale, surmonté de deux tribunes. Pour le centenaire des apparitions, en 1930, l'architecte Richardière lui donne son aspect actuel. Chaque pierre ajoutée répond à une ferveur qui ne faiblit pas.


L'histoire continue de s'écrire. Le 8 décembre 2024, à la réouverture de Notre-Dame de Paris, des reliques de Catherine Labouré ont été déposées dans le nouvel autel de la cathédrale. De la rue du Bac au cœur de l'Île de la Cité, la sainte parisienne veille désormais sur deux sanctuaires.



Nef de la Chapelle de la Médaille Miraculeuse avec ses tribunes, son chœur et la fresque bleue des apparitions
La nef agrandie en 1849 puis en 1930 : chaque pierre répond à l'affluence des pèlerins.

Comment visiter la chapelle aujourd'hui ?


L'entrée est libre et gratuite. Le sanctuaire ouvre tous les jours, du matin au soir, avec une fermeture le midi et une pause annuelle en janvier. Le plus simple est de descendre à la station Sèvres-Babylone, sur la rive gauche, à quelques minutes à pied. C'est l'une des plus belles visites gratuites de Paris.


Comme souvent, le lieu se comprend mieux quand on connaît son histoire avant d'y entrer. C'est tout l'objet de l'application Odyssey : glisser à votre oreille, en audio, les récits et les détails qu'un simple coup d'œil ne livre jamais. La chapelle de la rue du Bac, décodée pas à pas, prend alors une autre épaisseur. Reste à choisir la bonne application pour visiter Paris.


Statue de la Vierge avec Catherine Labouré agenouillée dans la cour du 140 rue du Bac, entrée de la chapelle
Dans la cour du 140 rue du Bac, la Vierge accueille les visiteurs : « J'ai été établie gardienne ».

Une porte discrète qui change tout


Derrière un portail anonyme de la rue du Bac se cache l'un des sanctuaires les plus visités de la capitale. Apparitions de 1830, médaille frappée en pleine épidémie, corps intact d'une sainte parisienne : la petite chapelle condense deux siècles d'histoire dans un mouchoir de poche. Il suffit de pousser la bonne porte, et de savoir ce que l'on regarde.



FAQ sur la Chapelle de la Médaille Miraculeuse


Où se trouve la Chapelle de la Médaille Miraculeuse ?

Au 140 rue du Bac, dans le 7e arrondissement de Paris. On y accède par une cour, depuis la rue. La station de métro la plus proche est Sèvres-Babylone (lignes 10 et 12), sur la rive gauche, à quelques minutes à pied du sanctuaire.


La visite de la chapelle est-elle gratuite ?

Oui, l'entrée est entièrement gratuite et ouverte à tous. La chapelle accueille les visiteurs tous les jours, du matin au soir, avec une pause le midi et une fermeture annuelle de deux à trois semaines en janvier. Mieux vaut vérifier les horaires sur le site officiel avant de venir.


Où se trouve le corps de Catherine Labouré ?

Dans la chapelle même, à droite de l'autel principal. Son corps, retrouvé conservé lors de l'exhumation de 1933, repose dans une châsse vitrée, sous la statue de la Vierge au globe. C'est l'un des éléments les plus impressionnants de la visite.


Comment s'appelle la Vierge de la rue du Bac ?

On la nomme Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse. Elle est représentée par deux statues dans la chapelle : la Vierge aux rayons, au-dessus de l'autel, et la Vierge au globe, dans la nef. Toutes deux illustrent les visions rapportées en 1830.


Qui était Catherine Labouré ?

Une religieuse française née en 1806 et morte en 1876. Fille de la Charité, elle rapporte avoir vu la Vierge lors de son noviciat rue du Bac. Restée discrète toute sa vie, elle est canonisée en 1947 par le pape Pie XII.


Pourquoi la médaille est-elle dite « miraculeuse » ?

À cause des nombreuses guérisons qu'on lui a attribuées. Diffusée à partir de 1832, en pleine épidémie de choléra, elle porte d'abord le nom de médaille de l'Immaculée Conception. C'est la piété populaire qui la rebaptise « miraculeuse », un surnom resté depuis.



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