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Rue Crémieux : le secret de la plus colorée de Paris

il y a 7 minutes
6 min de lecture

Tout le monde a vu ses façades roses, bleues et pistache défiler sur les réseaux. Presque personne ne sait pourquoi la rue Crémieux existe, ni de qui elle tient son nom. Derrière le décor pastel se cachent une cité ouvrière, un ministre de la Troisième République et la trace d'une inondation oubliée. Odyssey vous glisse à l'oreille ce que l'objectif des photographes ne montre jamais.


Rue Crémieux et ses maisons basses roses, bleues et vertes, ruelle pavée piétonne de Paris
Ces pavillons ouvriers percés vers 1865 détonnent dans un Paris d'immeubles de pierre haussmanniens.

Pourquoi la rue Crémieux est-elle la plus colorée de Paris ?


Ses maisons basses ont été repeintes de teintes pastel par leurs habitants, ce qui en fait aujourd'hui la rue la plus photographiée de la capitale. On compte une trentaine de façades alignées sur 144 mètres, dans le 12e arrondissement, à deux pas de la gare de Lyon.

Ces petites maisons individuelles sont ce qu'on appelle des « pavillons », c'est-à-dire des habitations d'un ou deux étages, sans mitoyenneté haussmannienne. Elles détonnent dans un Paris d'immeubles de pierre. La voie est pavée, piétonne, fermée à la circulation. Le contraste entre ce village miniature et la ville dense qui l'entoure explique une bonne part de sa célébrité récente.

Cette ambiance de décor ne date pourtant pas d'hier. Elle a même servi pour de vrais tournages, au même titre que les décors parisiens d'Emily in Paris, autre chasse aux façades photogéniques.


Façades lilas, verte et rose de la rue Crémieux aux volets de bois, sous un ciel gris
Repeintes par leurs habitants, ces maisons font de la rue Crémieux la plus photographiée de la capitale.

Qui était Adolphe Crémieux, celui qui a donné son nom à la rue ?


Adolphe Crémieux (1796-1880) était un avocat et homme politique, deux fois ministre de la Justice, et l'auteur du décret qui accorda la nationalité française aux juifs d'Algérie. La rue lui rend hommage, mais ce ne fut pas son premier nom.


À l'origine, la voie est percée vers 1865 dans un lotissement, c'est-à-dire un terrain découpé en parcelles pour y bâtir. Le promoteur s'appelle Moïse Polydore Millaud, financier et magnat de la presse. La rue porte donc d'abord le nom d'« avenue Millaud ». Elle est rebaptisée en 1897, d'après la nomenclature des voies de la Ville de Paris, en mémoire de Crémieux.


Le personnage mérite l'arrêt. Son fameux « décret Crémieux » est signé le 24 octobre 1870. Président de l'Alliance israélite universelle, Crémieux fut l'une des grandes voix libérales du siècle. Comprendre ce nom, c'est déjà lire la rue autrement, comme lorsqu'on apprend à décoder le quartier du Marais derrière ses façades.


Portrait ancien d'Adolphe Crémieux, avocat qui a donné son nom à la rue Crémieux de Paris
Deux fois ministre de la Justice, il signa en 1870 le décret donnant la nationalité française aux juifs d'Algérie.

Que révèle la plaque du numéro 8 ?


Au numéro 8, un « repère de crue » indique 1,75 mètre d'eau, le niveau atteint par la Seine lors de la grande inondation de janvier 1910. Un « repère de crue » est une plaque scellée sur un mur qui marque, à hauteur exacte, le niveau atteint par l'eau lors d'une inondation.

Ce détail raconte la géographie cachée du lieu. Le quartier est bas, proche du fleuve, et il fut durement touché quand la Seine est sortie de son lit les 28 et 29 janvier 1910. La rue Crémieux garde ainsi la mémoire de la crue de la Seine de 1910, gravée dans son mur à l'ombre des façades roses.


Rue Crémieux aux façades jaune, bleue et rose, ruelle pavée animée du 12e arrondissement de Paris
Au numéro 8, un repère de crue marque les 1,75 mètre d'eau atteints par la Seine en janvier 1910.

Pourquoi ces maisons sont-elles si basses ?


Parce qu'elles furent conçues pour des ouvriers, pas pour la bourgeoisie haussmannienne. Un alignement d'une trentaine de maisonnettes identiques, modestes, économiques. Ce que peu de visiteurs savent, c'est que cette humilité d'origine fait tout le charme du décor d'aujourd'hui. La couleur est venue bien plus tard, posée par les habitants, parfois en « trompe-l'œil », c'est-à-dire en peinture qui imite un relief ou une matière qui n'existent pas.



Comment visiter la rue Crémieux sans déranger ses habitants ?


Venez tôt le matin, restez sur les pavés et évitez les séances photo sous les fenêtres : la rue est habitée, ce n'est pas un studio. Depuis les années 2010, sa gloire en ligne a rendu la vie difficile aux riverains. En 2019, plusieurs habitants ont alerté la mairie, comme l'a raconté Le Parisien : défilés incessants, tournages, poses au « golden hour ». Certains ont posé des panneaux « No photo ». D'autres ont ouvert un compte baptisé « Club Crémieux » pour montrer les coulisses de ces séances. Des résidents ont même demandé une grille pour fermer la voie le soir et le week-end.

La bonne nouvelle : la rue reste libre d'accès, gratuite, ouverte à toute heure. Elle s'intègre parfaitement à une envie de visiter Paris gratuitement ou à une chasse aux lieux insolites de Paris, à condition de la traiter avec respect. On regarde, on comprend, on ne s'installe pas dans le salon des gens.


Façade rose à colombages peints en trompe-l'œil rue Crémieux, numéro 30, à Paris
Le décor de colombages est un « trompe-l'œil », une peinture qui imite un relief de bois inexistant.

Écouter la ville pendant qu'on la regarde


Une rue comme celle-ci se lit mieux avec un récit dans l'oreille. L'application Odyssey raconte l'histoire des lieux pendant que vous marchez, sans guide ni groupe. Elle transforme une simple photo de façade rose en balade dans Paris pleine de sens, du décret Crémieux au repère de crue. Le même œil vous servira ensuite ailleurs, par exemple sous les verrières des passages couverts de Paris.



Rue Crémieux déserte au petit matin, façades pastel et grands pots bleus le long des pavés
Tôt le matin, la rue retrouve son calme : mieux vaut la visiter à cette heure, discrètement.

Derrière le filtre, une vraie rue


La rue Crémieux n'est pas qu'un fond d'écran pastel. C'est une cité ouvrière de 1865, un hommage à un grand avocat, et un carnet de la crue de 1910, le tout tenant sur 144 mètres. La regarder en connaissance de cause, c'est déjà lui rendre justice. Ouvrez Odyssey, laissez le récit couler, et la plus colorée des rues de Paris devient soudain la plus bavarde.



FAQ sur la rue Crémieux


Où se trouve la rue Crémieux ?

La rue Crémieux se situe dans le 12e arrondissement de Paris, entre la rue de Lyon et la rue de Bercy, à quelques minutes de la gare de Lyon. Cette voie pavée et piétonne mesure 144 mètres. On y accède facilement à pied depuis le quartier de Bercy ou la place de la Bastille.


Pourquoi la rue Crémieux est-elle colorée ?

Ses maisons sont peintes de couleurs pastel par leurs propres habitants, ce qui en fait la rue la plus colorée de Paris. Roses, bleues, jaunes, parfois ornées de motifs en trompe-l'œil, ces façades d'anciens pavillons ouvriers sont devenues, depuis les années 2010, l'un des lieux les plus photographiés de la capitale.


Qui était Adolphe Crémieux ?

Adolphe Crémieux (1796-1880) était un avocat et homme politique français, deux fois ministre de la Justice. Il donna son nom à la rue en 1897. On lui doit le décret du 24 octobre 1870 accordant la nationalité française aux juifs d'Algérie. Il présida aussi l'Alliance israélite universelle.


Peut-on visiter la rue Crémieux librement ?

Oui, la rue Crémieux est une voie publique, gratuite et ouverte à toute heure. Elle reste toutefois habitée. Mieux vaut la visiter tôt, rester discret et éviter les séances photo sous les fenêtres. Les riverains subissent le surtourisme depuis des années et apprécient les visiteurs respectueux.


Pourquoi les habitants veulent-ils fermer la rue ?

Parce que la célébrité en ligne de la rue a rendu leur quotidien invivable, entre tournages, influenceurs et poses permanentes sous leurs fenêtres. En 2019, certains ont demandé à la mairie une grille pour fermer la voie le soir et le week-end. D'autres ont posé des panneaux « No photo ».


Quel est l'ancien nom de la rue Crémieux ?

La rue s'appelait à l'origine « avenue Millaud », du nom du promoteur Moïse Polydore Millaud. Percée vers 1865 comme lotissement ouvrier, elle fut rebaptisée rue Crémieux en 1897. Ce changement de nom explique pourquoi l'histoire du lieu se lit à deux niveaux, celui du bâtisseur et celui du dédicataire.



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