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Hôtels particuliers de Paris : 8 joyaux ouverts au public

  • il y a 1 jour
  • 8 min de lecture

Orangers en caisse devant la façade sur jardin de l'hôtel Matignon, dans le faubourg Saint-Germain
L'hôtel Matignon, résidence du Premier ministre depuis 1935, cache le plus grand jardin privé de Paris, près de trois hectares.

Derrière les portes cochères du Marais et du faubourg Saint-Germain sommeillent des palais que la rue ne montre jamais. Les hôtels particuliers de Paris forment un musée invisible : environ 400 survivants sur les 2 000 que compta la capitale. Cet article vous donne les clés pour les reconnaître, puis vous ouvre 8 joyaux, de l'hôtel de Soubise au musée Picasso. Et avec l'appli Altava Odyssey, leurs secrets se glissent directement à votre oreille.



Qu'est-ce qu'un hôtel particulier ?


Un hôtel particulier est une demeure urbaine de prestige, construite pour une seule famille, isolée de la rue par une cour d'honneur et prolongée par un jardin. Tout l'inverse de l'immeuble de rapport, conçu pour loger des locataires. Ce plan si parisien porte un nom : « entre cour et jardin », c'est-à-dire que le logis s'intercale entre une cour côté rue et un jardin côté verdure.


L'historien de l'architecture Alexandre Gady, auteur de l'inventaire de référence sur le sujet, estime que Paris a vu s'élever près de 2 000 hôtels particuliers depuis le Moyen Âge. Il en subsiste environ 400. Le plus ancien encore debout, l'hôtel de Cluny, fut achevé vers 1510 pour les abbés de l'ordre du même nom. Quatre siècles de démolitions ont fait le reste. D'où la valeur de chaque survivant !


Comment reconnaître un hôtel particulier dans la rue ?


Premier indice : la porte cochère, ce portail monumental dimensionné pour laisser passer un carrosse attelé. Ses angles sont souvent flanqués de « chasse-roues », des bornes de pierre ou de fonte qui protégeaient les murs des moyeux. Détail que peu remarquent : leur simple présence trahit presque toujours une ancienne cour d'honneur.


Cour de l'hôtel Tubeuf, brique et pierre, fronton cintré sculpté et horloge, dans le 2e arrondissement
Mazarin s'y installe en 1643 : l'hôtel Tubeuf forme aujourd'hui le noyau le plus ancien de la BnF Richelieu.

Deuxième indice : un mur presque aveugle côté rue, car le vrai spectacle se joue à l'intérieur. La façade noble du « corps de logis », autrement dit le bâtiment principal d'habitation, regarde la cour ou le jardin. En fait, l'hôtel particulier tourne le dos à la ville. Pour aller plus loin dans le décodage des façades, notre guide pour reconnaître l'architecture classique donne les clés des frontons et des ordres antiques.



Quels hôtels particuliers peut-on visiter à Paris ?


Huit merveilles ouvrent aujourd'hui leurs portes : Soubise, Carnavalet, Salé, Biron, la Marine, Sully, le Jacquemart-André et Cluny, le doyen de tous. La plupart abritent des musées, parfois gratuits. Chacun raconte un siècle et une ambition.



L'hôtel de Soubise et sa colonnade de théâtre


Cour d'honneur de l'hôtel de Soubise, façade à colonnes et statues des saisons, dans le Marais
À gauche, la tourelle rescapée de l'hôtel de Clisson, vers 1375, rappelle ce que le chantier de Soubise a recouvert.

Édifié de 1705 à 1709 par Pierre-Alexis Delamair pour le prince François de Rohan-Soubise, il déploie une cour d'honneur bordée de 56 colonnes jumelées. Une scénographie unique à Paris ! À l'intérieur, les salons décorés par Germain Boffrand vers 1735 sont un sommet du style « rocaille », ce décor tout en courbes, coquilles et ors. Depuis 1808, sur décision de Napoléon Ier, l'hôtel abrite les Archives nationales. Le quartier alentour se lit comme un livre : notre article pour visiter le Marais et décoder son histoire en donne les indices.



Le musée Carnavalet, la mémoire de Paris


Cour du musée Carnavalet, statue de Louis XIV en bronze et sculptures des saisons sur la façade
Ce Louis XIV de Coysevox est l'une des rares statues royales en bronze à avoir échappé aux fontes de la Révolution.

Commencé en 1548, sculpté en partie par Jean Goujon, c'est l'un des rares hôtels Renaissance de la capitale. La marquise de Sévigné y écrivit une partie de ses lettres, de 1677 à 1696. Désormais musée de l'Histoire de Paris, il se visite gratuitement toute l'année. D'ailleurs, notre sélection de lieux pour visiter Paris gratuitement lui fait la part belle.


L'hôtel Salé, le surnom qui claque


Façade sur jardin de l'hôtel Salé, actuel musée Picasso, et ses parterres du Marais
Sa construction ruina Pierre Aubert de Fontenay, emporté par la chute de Fouquet en 1661, deux ans après l'achèvement.

Son commanditaire, Pierre Aubert de Fontenay, fit fortune en collectant la gabelle, l'impôt royal sur le sel. Les Parisiens baptisèrent aussitôt sa demeure, achevée en 1659, « l'hôtel Salé ». Le surnom lui est resté ! Depuis 1985, ses boiseries dialoguent avec le musée Picasso et son escalier d'honneur reste l'un des plus majestueux de Paris. Les amateurs de peinture prolongeront avec les plus beaux tableaux sur Paris.


L'hôtel Biron, du perruquier à Rodin


Façade sur jardin de l'hôtel Biron, musée Rodin, et son bassin orné d'un groupe en bronze
Au centre du bassin, « Ugolin et ses enfants » : Rodin y sculpte le comte affamé du chant XXXIII de l'Enfer de Dante.

Sa construction, de 1727 à 1732 par Jean Aubert, fut financée par Abraham Peyrenc de Moras, un perruquier devenu millionnaire grâce à la spéculation. Ascension fulgurante ! En 1908, Auguste Rodin s'y installe comme locataire, séduit par le jardin de trois hectares. Le musée Rodin y ouvre en 1919, et « Le Penseur » médite toujours parmi les rosiers.


Le Jacquemart-André, palais d'un couple de collectionneurs


Rampe à balustres et lanterne dans la cour d'honneur du musée Jacquemart-André, boulevard Haussmann
La rampe courbe menait les attelages jusqu'au perron : au 19e siècle, on ne descendait pas de voiture dans la rue.

Élevé de 1869 à 1875 par Henri Parent sur le tout jeune boulevard Haussmann, il fut pensé comme un écrin. Édouard André, héritier de banquiers, épouse en 1881 Nélie Jacquemart, portraitiste reconnue. Ensemble, ils y accumulent l'une des plus belles collections d'art italien de France, léguée à l'Institut de France en 1912. Un palais construit pour ses tableaux, en somme.


L'hôtel de la Marine, le garde-meuble du roi


Cour de l'hôtel de la Marine coiffée de sa verrière contemporaine, vue en contre-plongée
La verrière posée lors de la restauration achevée en 2021 protège la cour sans la fermer, portée par une résille d'acier.

Sur la place de la Concorde, ses colonnades dessinées par Ange-Jacques Gabriel entre 1757 et 1774 cachaient le « garde-meuble de la Couronne », c'est-à-dire l'institution chargée du mobilier et des joyaux royaux. En septembre 1792, les diamants de la Couronne y furent dérobés en pleine Révolution. Un casse légendaire ! Restauré, l'hôtel se visite depuis 2021, loggia comprise.


L'hôtel de Sully et sa porte dérobée


Cour de l'hôtel de Sully, allégories sculptées des saisons et lucarnes à frontons, place des Vosges
Comptez les figures : quatre saisons d'un côté, quatre éléments de l'autre, un programme iconographique complet en pleine cour.

Achevé vers 1630 et attribué à Jean Androuet du Cerceau, il fut acquis en 1634 par Maximilien de Béthune, duc de Sully et ancien ministre d'Henri IV. Sa cour fourmille de sculptures : les allégories des saisons et des éléments, ces figures humaines qui incarnent une idée. Ce que peu de visiteurs savent : au fond du jardin, une petite porte sous l'orangerie débouche directement sur la place des Vosges. Le passage secret parfait, décrit dans notre guide des places royales de Paris.


L'hôtel de Cluny, un palais posé sur des thermes romains


Cour de l'hôtel de Cluny, tourelle d'escalier gothique et balustrade ajourée, au Quartier latin
Les armes sculptées au-dessus de la porte sont celles de Jacques d'Amboise, l'abbé qui fit bâtir la demeure vers 1500.

Achevé vers 1510 pour Jacques d'Amboise, abbé de Cluny, c'est le doyen des hôtels particuliers parisiens encore debout. Son bâtisseur fit un choix inouï : adosser sa demeure neuve aux thermes gallo-romains du 2e siècle. Le « frigidarium », c'est-à-dire la salle froide où les Romains terminaient leur bain, tient toujours sa voûte à quelque 14 mètres de hauteur. Une maison du gothique flamboyant greffée sur une ruine vieille de treize siècles, en plein Quartier latin !


Les coquilles Saint-Jacques sculptées y signalent le pèlerinage, et la balustrade ajourée annonce déjà les premières volutes de la Renaissance. En 1843, l'État rachète la collection du curieux Alexandre du Sommerard et installe ici le musée national du Moyen Âge, où « La Dame à la licorne » attend depuis. Rouvert en 2022 après restauration, il reste le seul endroit de Paris où l'on passe de Lutèce au 15e siècle en une seule porte. Le décor se prolonge à deux pas, du côté de l'île de la Cité.


L'hôtel de Toulouse, la Galerie dorée d'un jour par an


Façade sur jardin de l'hôtel de Toulouse, siège de la Banque de France, et ses parterres à la française
Derrière les baies de l'étage court la Galerie dorée : 40 mètres de reliefs à la feuille d'or, remaniés en 1718 par le sculpteur Vassé.

Rue de La Vrillière, derrière la façade sévère de la Banque de France, sommeille l'un des décors les plus somptueux de Paris. François Mansart le bâtit de 1635 à 1640 pour Louis Phélypeaux de La Vrillière, secrétaire d'État. En 1713, le comte de Toulouse le rachète et lui laisse son nom. Le personnage vaut le détour : fils légitimé de Louis XIV et de Madame de Montespan, il fut nommé amiral de France à cinq ans. D'où les ancres de marine glissées jusque dans les boiseries !


Et l'hôtel Lambert, le joyau que personne ne visite ?


Façade sur quai d'un hôtel particulier parisien, rotonde d'angle et lucarnes sous les toits d'ardoise
Depuis le quai, on ne voit que l'enveloppe : les galeries peintes restent invisibles, comme le veut la règle de l'hôtel particulier.

À la pointe amont de l'île Saint-Louis se dresse le plus convoité des hôtels particuliers parisiens. Construit de 1640 à 1644 par Louis Le Vau, décoré par Charles Le Brun d'une éblouissante galerie d'Hercule, l'hôtel Lambert n'ouvre jamais ses portes. Voltaire y vécut dans les années 1740 auprès d'Émilie du Châtelet. Un incendie ravagea ses toitures le 10 juillet 2013, en pleine restauration. Racheté en 2022 par Xavier Niel, il reste le fantasme des historiens de l'art. On l'admire depuis le quai d'Anjou, à quelques pas de l'île de la Cité et de ses propres trésors.



Comment écouter l'histoire de ces palais ?


Ces demeures se racontent mieux qu'elles ne se décrivent. L'appli Altava Odyssey transforme chaque façade en récit : audioguides sur l'histoire, l'art et l'architecture de Paris, à écouter chez soi pour préparer sa visite ou sur place, le nez levé vers les mascarons. Les curieux y retrouveront aussi l'esprit de nos lieux insolites de Paris, du même œil complice.



Derrière la porte cochère


Paris cache ses palais comme d'autres villes exposent les leurs. Une borne chasse-roues, un portail surdimensionné, un mur trop aveugle : désormais, ces indices vous parleront. Les 8 hôtels de cette sélection ne sont qu'une porte d'entrée vers les 400 survivants. Avec Altava Odyssey dans les écouteurs, chaque rue du Marais redevient une enfilade de théâtres privés.



FAQ sur les hôtels particuliers de Paris


Qu'est-ce qu'un hôtel particulier à Paris ?

C'est une grande demeure urbaine construite pour une seule famille, bâtie « entre cour et jardin ». Le logis principal s'y place entre une cour d'honneur côté rue et un jardin privé. Ce plan distingue l'hôtel particulier de l'immeuble de rapport, destiné à la location.


Quels hôtels particuliers peut-on visiter gratuitement à Paris ?

Le musée Carnavalet, dans le Marais, est gratuit toute l'année pour ses collections permanentes. Les cours de l'hôtel de Soubise et de l'hôtel de Sully sont aussi en accès libre. De quoi toucher la pierre du 17e siècle sans débourser un centime.


Combien reste-t-il d'hôtels particuliers à Paris ?

Environ 400 hôtels particuliers subsistent aujourd'hui, selon l'historien Alexandre Gady. Paris en compta près de 2 000 entre le Moyen Âge et le 19e siècle. Démolitions, percées haussmanniennes et spéculation ont eu raison des trois quarts d'entre eux.


Peut-on visiter l'hôtel de Toulouse à la Banque de France ?

Sa Galerie dorée s'ouvre lors des Journées européennes du patrimoine et de rares visites sur réservation. Le reste de l'année, l'hôtel demeure le siège de la Banque de France, fermé au public. Les créneaux de septembre s'épuisent en quelques heures : réservez dès l'ouverture des inscriptions.


Où trouver le plus d'hôtels particuliers à Paris ?

Le Marais en concentre le plus grand nombre, suivi du faubourg Saint-Germain dans le 7e arrondissement. Le premier fleurit au 17e siècle autour de la place des Vosges, le second au 18e, quand la noblesse migra vers la rive gauche.


Qui possède l'hôtel Lambert aujourd'hui ?

L'homme d'affaires Xavier Niel a racheté l'hôtel Lambert en 2022. Ce chef-d'œuvre de Louis Le Vau, à la pointe de l'île Saint-Louis, avait appartenu à la famille Rothschild puis à un prince qatarien. Il demeure fermé au public.


Quel est le plus vieil hôtel particulier de Paris ?

L'hôtel de Cluny, achevé vers 1510 pour les abbés de Cluny, est le plus ancien conservé. Bâti sur des thermes romains, il abrite le musée national du Moyen Âge. Sa cour mêle encore gothique flamboyant et premières touches Renaissance.


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