Abbaye de Bèze : le joyau caché de la Bourgogne
- 15 août
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Dernière mise à jour : il y a 4 jours
À une trentaine de kilomètres au nord-est de Dijon, l'abbaye de Bèze cache onze siècles d'histoire derrière un secret. Fondée en 630, sept fois détruite, mère d'un grand cru mondialement connu, elle a vu passer un pape, un historien de l'an mil et des générations de moines bâtisseurs. Voici ce qu'il en reste, décodé pour être lu chez soi ou écouté avant et après la visite.

Pourquoi une abbaye est-elle née d'un crime ?
L'abbaye doit sa naissance en 630 à un remords. Le duc Amalgaire, seigneur franc de Bourgogne, avait tué un homme sur ordre du roi Dagobert. La victime s'appelait Brodulf, un soutien d'un rival du souverain. Récompensé en terres pour ce meurtre politique, Amalgaire fut ensuite rongé par le salut de son âme. Il fit alors don de ces terres à l'Église, et des moines vinrent fonder l'abbaye près de la source de la Bèze. Le lieu n'a rien d'anodin. La rivière y jaillit en « résurgence », c'est-à-dire un cours d'eau souterrain qui ressort d'un coup à l'air libre, déjà large dès sa source.
Le premier abbé fut Waldalène, deuxième fils d'Amalgaire, adoubé par les évêques de Besançon et de Langres. Placée sous l'invocation de saint Pierre et de saint Paul, l'abbaye suivit d'abord la règle de saint Colomban, avant d'adopter celle de saint Benoît au IXe siècle. C'est aussi à ces premiers moines que l'on doit un trésor inattendu. Sur des terres offertes par Amalgaire dès 630 naîtra l'un des crus les plus convoités de Bourgogne : le Chambertin-Clos de Bèze.

Sept fois détruite, sept fois renée
Les premiers siècles ne furent pas idylliques. Entre 660 et 937, l'abbaye fut détruite à sept reprises, puis relevée à chaque fois. Le compte donne le vertige. Deux guerres civiles franques la ravagent au VIIe siècle. En 731, un an avant la bataille de Poitiers, les Sarrasins la pillent et l'incendient. Vers 750, une favorite de l'évêque de Langres nommée Angla dilapide ses richesses. Puis, en 888, les incursions normandes atteignent la Bourgogne, et les Hongrois ne laissent que cendres en 936 et 937. À chaque fois, la communauté se reconstitue. Sa devise résume cet entêtement : « Omnia cum tempore », que l'on traduit par « Tout vient avec le temps ». En 826, l'adoption de la règle de saint Benoît lui apporte d'ailleurs un souffle nouveau.
L'âge d'or : un pape, Cluny et cinquante moines
Après un demi-siècle de ruines, l'abbaye renaît pour de bon à la fin du Xe siècle. En 988 arrive Guillaume de Volpiano, un moine italien alors abbé de Saint-Bénigne de Dijon. Réputé pour son énergie, il obtient des financements de la puissante abbaye de Cluny et fait reconstruire les bâtiments et l'« abbatiale », c'est-à-dire l'église de l'abbaye. Abbé de Bèze de 990 à 1031, il installe aussi un scriptorium et une grande hôtellerie pour les pèlerins. Son successeur Étienne de Joinville, élu en 1088, double le patrimoine du monastère.

L'apogée arrive au tournant des XIe et XIIe siècles, avec une cinquantaine de moines dans l'enceinte, et une centaine en comptant les prieurés. Certains ont marqué l'histoire. Le moine Jean rédige la Chronique de Bèze, source essentielle sur le monastère. Surtout, Raoul Glaber, le célèbre historien de l'an mil, fut moine ici. On lui doit la formule sur le royaume qui se couvrait alors d'un « blanc manteau d'églises », dont les plus célèbres héritières sont les plus grandes cathédrales de France. Signe de ce prestige, l'abbatiale fut consacrée en février 1107 par le pape Pascal II en personne. Elle était de style roman, ce vocabulaire d'arcs en plein cintre que l'on apprend à reconnaître sur une église romane.

Que reste-t-il de l'abbaye aujourd'hui ?
Contrairement à ce que l'on imagine, l'église abbatiale n'existe plus. Vendue comme bien national à la Révolution, elle fut démolie en 1795 pour la revente de ses pierres. Le scénario est brutal. En 1790, les biens de l'abbaye passent à la nation, puis sont vendus l'année suivante. Un papetier de Langres nommé Faitout rachète les lieux et rase l'abbatiale ainsi que le cloître, avant que l'avant-corps du bâtiment conventuel ne soit détruit à son tour en 1805.
Ce qui subsiste date pour l'essentiel du XVIIIe siècle. L'ancienne hôtellerie, longue de vingt-cinq mètres, formait l'aile ouest d'un « palais monastique » de cent treize mètres. Elle abritait la bibliothèque à son dernier étage. L'ancienne infirmerie, le long de la rivière, en était l'aile est. C'est aujourd'hui la demeure de la famille Brasart, propriétaire des lieux. Quant à l'ancien cellier des moines, il est devenu l'école primaire du village.
Cette bibliothèque mérite qu'on s'y arrête. Installée au dernier étage de l'aile ouest, elle fit de Bèze un foyer d'étude bien plus qu'un simple couvent. Les officiers municipaux y comptent 4 175 volumes en mai 1790, lors de l'inventaire révolutionnaire. C'est davantage que les cabinets de la plupart des élites provinciales de l'époque. Certaines sources évoquent même plus de vingt mille livres à l'apogée du fonds. On doit cet essor aux mauristes, ces bénédictins de la congrégation de Saint-Maur installés au XVIIe siècle, érudits réputés pour leurs travaux d'histoire. Leur « ex-libris », c'est-à-dire la marque de propriété collée dans chaque ouvrage, permet aujourd'hui encore d'identifier les livres de Bèze dispersés dans les collections publiques. Les volumes ont quitté les rayons. La marque, elle, voyage toujours.

Ces deux ailes relèvent de l'architecture classique du XVIIIe siècle : symétrie stricte, pierre calcaire et fronton à l'antique. Un porche voûté d'arêtes, glissé entre les bâtiments, est le dernier vestige du cloître disparu. Comme pour les châteaux d'Île-de-France, la visite se fait surtout à la belle saison, parc et jardin de roses compris.
Deux tours et une chapelle engloutie
Deux trésors méritent qu'on s'y attarde :
Les premiers sont les deux tours qui encadrent l'entrée. En 1423, en pleine guerre de Cent Ans, l'abbé Simon de Torcenay, surnommé le « moine soldat », ceintura l'abbaye de remparts et de douves. La tour d'Oysel, au bord de la rivière, devint plus tard un colombier. La tour des Choues doit son nom aux chouettes qui nichaient dans ses combles. Leurs « archères-canonnières », des fentes de tir surmontées d'un trou rond pour le canon d'une arme à feu, prouvent qu'on y tirait déjà à la poudre. Ce détail les date des environs de 1431.

Le second trésor est plus émouvant : la chapelle de la Vierge, vestige le plus ancien de l'abbaye. Cette ancienne chapelle absidale du début du XIIe siècle est aujourd'hui à demi enterrée. Elle ne s'est pourtant pas enfoncée. À la fin du XVIIe siècle, l'abbé Jean de Ferrières de Sauveboeuf releva le niveau de la Bèze pour alimenter ses moulins. Les berges cédèrent, les inondations ruinèrent le chevet de l'abbatiale, et il fallut rehausser le sol de près de deux mètres, au prix de plus de quatre mille charrettes de terre. Ses chapiteaux romans, sculptés de l'Annonciation et de la Visitation, ont survécu à ce grand remblai.
Omnia cum tempore, ou la revanche du temps
Onze siècles après Amalgaire, l'abbatiale a disparu, mais l'eau de la Bèze jaillit toujours, aussi limpide qu'au premier jour. Il reste des tours, une chapelle ensevelie, deux ailes majestueuses et une devise qui sonne comme une prophétie tenue : tout vient avec le temps. De quoi donner envie d'écouter Bèze, avant même d'y aller.

FAQ sur l'abbaye de Bèze
Peut-on visiter l'abbaye de Bèze ?
Oui, l'abbaye se visite l'été, en général du mercredi au dimanche l'après-midi. L'entrée avoisine cinq euros et donne accès à l'ancienne abbaye, au parc et au jardin de roses anciennes. Le site étant privé, mieux vaut vérifier les horaires de la saison avant de s'y rendre.
Que reste-t-il de l'abbaye de Bèze aujourd'hui ?
L'église abbatiale a disparu en 1795, mais plusieurs bâtiments subsistent. On peut voir l'ancienne hôtellerie avec sa bibliothèque et l'ancienne infirmerie du XVIIIe siècle, le cellier devenu école, deux tours médiévales et la chapelle romane de la Vierge. Cette dernière est le vestige le plus ancien du site.
En quelle année l'abbaye de Bèze a-t-elle été fondée ?
En 630, par le duc Amalgaire, près de la source de la Bèze. Placée sous l'invocation de saint Pierre et de saint Paul, elle fut la quatrième abbaye mérovingienne du diocèse de Langres, après Moûtiers-Saint-Jean, Saint-Bénigne et Saint-Seine.
Pourquoi l'abbaye de Bèze est-elle liée au vin ?
Elle est à l'origine du Clos de Bèze, aujourd'hui grand cru de Gevrey-Chambertin. Les moines cultivèrent la vigne sur des terres offertes dès la fondation en 630. Le nom de l'abbaye a depuis traversé les siècles jusque sur les étiquettes du célèbre Chambertin-Clos de Bèze.
Que voir à Bèze en dehors de l'abbaye ?
Le village classé, ses maisons à colombages et les grottes de Bèze. Le bourg figure parmi les Plus Beaux Villages de France. Ses grottes, parcourues à pied puis en barque, suivent la rivière souterraine qui alimente la fameuse résurgence.




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